lundi 23 octobre 2017

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Défense : vers un Pentagone à la française

Anne Rovan, le Figaro

lundi 10 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Cinq mille militaires et civils des états-majors disséminés dans la capitale seraient regroupés dans le XVe arrondissement à Paris. C’est la plus grosse opération depuis le départ des agents des Finances du Louvre vers Bercy en 1989.

C’est une révolution qui se prépare à la Défense, « une rupture historique et culturelle », assure un fonctionnaire. Selon nos informations, Nicolas Sarkozy devrait annoncer mercredi, à l’issue de la première réunion du conseil de la modernisation des politiques publiques, le regroupement des états-majors des différentes armées autour du ministre de la Défense et le lancement d’une étude de faisabilité sur le sujet. Il y a de quoi faire puisqu’il s’agit ni plus ni moins de créer un Pentagone à la française. Ce projet encouragé par le ministre de la Défense, Hervé Morin, aurait obtenu l’aval du président de la République la semaine dernière.

Pour permettre le regroupement des états-majors, un immeuble serait construit dans le quartier parisien de Balard (XVe arrondissement) à côté de la Cité de l’air, un endroit où travaillent déjà quelque 5 000 fonctionnaires civils et militaires. C’est là que viendraient s’installer en 2012 le ministre et sa garde rapprochée, les états-majors de l’armée de terre et de la marine, l’état-major des armées, le secrétaire général et le délégué général du ministère. Soit environ 5 000 civils et militaires de plus. À terme, 10 000 fonctionnaires de la Défense travailleraient donc dans le quartier de Balard, aux portes de Paris.

La Concorde à vendre

« Cette opération, estime un fonctionnaire, ne coûterait pas un centime à l’État et pourrait même lui en faire gagner. » Et, peut-être même lui en faire gagner beaucoup. Les armées sont propriétaires de quelque… huit hectares de foncier constructible à Balard. Pour financer la construction de l’immeuble, la vente de trois hectares serait envisagée. Nul doute qu’ils trouveraient rapidement acquéreurs. Idem pour les immeubles qui seront libérés dans le centre de la capitale et qui seraient aussi vendus : ceux du boulevard Saint-Germain où sont actuellement logés l’état-major de l’armée de terre et l’état-major des armées ou encore celui de la Concorde où est installée la marine. Seul serait conservé l’hôtel de Brienne où se trouvent les bureaux actuels du ministre et de ses équipes. « C’est un lieu d’histoire où de Gaulle et Clemenceau ont eu leur bureau. Pas question donc de le vendre. Nous pourrions en faire un lieu de réception pour le ministre. »

Nicolas Sarkozy pourrait annoncer mercredi d’autres opérations immobilières mais celle-ci est la plus emblématique. Au moins aussi importante que ne l’a été, en juin 1989, le départ des 6 000 agents des Finances du Louvre vers Bercy. « Le regroupement des états-majors autour du ministre, assure un bon connaisseur du dossier, permettra d’affirmer la cohésion du ministère, de rationaliser les implantations parisiennes et donc de réaliser des économies sur le soutien aux forces. » Ce que les spécialistes appellent le « back office ».

Chasse aux doublons

Ce projet ne sera sans doute pas facile à faire accepter aux responsables des différentes armées – terre, air ou marine – qui n’ont jamais cohabité les uns avec les autres et n’occupent pas les mêmes locaux que leur ministre de tutelle. D’où des « réflexes centrifuges », selon les mots d’un fonctionnaire. Ce déménagement permettrait aussi de réduire les doublons au profit du chef d’état-major des armées (Cema) qui devrait encore voir ses prérogatives se renforcer. Le Cema pourrait ainsi récupérer l’ensemble de la planification, du budget et des programmes (nos éditions du 5 décembre). Hervé Morin n’a jamais fait mystère de sa volonté de rationaliser le « back office » afin de pouvoir consacrer plus de moyens à l’équipement des forces, autrement dit au « front office ». La proportion « front office-back office » de l’armée française tourne autour de 50-50. Elle est de 65-35 outre-Manche. La Défense tricolore dispose donc de belles marges de progression devant elle.

Les états-majors des trois armes devraient être regroupés dans le quartier de Balard, là où se trouve déjà l’armée de l’air. La Marine quitterait le prestigieux hôtel qu’elle occupe, depuis 1792, place de la Concorde. L’armée de terre devrait abandonner le boulevard Saint-Germain (photo). L’hôtel de Brienne, situé rue Saint-Dominique, deviendrait un lieu de réception du ministère de la Défense.


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