lundi 23 octobre 2017

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Guillaume Dasquié dit avoir subi des pressions

Alain Salles, le Monde

lundi 10 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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La mise en examen, jeudi 6 décembre, pour "compromission et divulgation du secret de la défense" et les conditions de la garde à vue de Guillaume Dasquié continuent de faire polémique. Le journaliste s’est indigné, pendant le week-end, dans Le Journal du dimanche et sur France 5 des pressions qu’il aurait subies pour révéler l’identité de ses sources, sous peine d’être placé en détention provisoire (Le Monde du 8 décembre).

Le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a qualifié ces déclarations de "totalement mensongères". "Le parquet n’a pas pour habitude d’exercer un quelconque chantage sur les personnes placées en garde à vue", a-t-il expliqué dans un communiqué, vendredi. "Le magistrat du parquet qui a personnellement prolongé la garde à vue en présence de M. Dasquié lui a expressément indiqué, dès le 6 décembre, qu’il ne requerrait pas de mandat de dépôt contre lui, lors de la présentation future devant un juge d’instruction." Contacté dimanche 9 décembre, M. Marin maintient "la teneur du communiqué de vendredi".

M. Dasquié fait état de discussions hors procédure avec un substitut du procureur, et un sous-directeur de la direction de la surveillance du territoire (DST), évoquant les risques d’un mandat de dépôt, s’il ne dévoilait pas ses sources. "Les échanges sont toujours restés polis et cordiaux, explique-t-il, mais de plus en plus insistants. Lors du dernier interrogatoire avec le sous-directeur et cinq agents de la DST, ma digue a été submergée, et j’ai acquiescé quand les enquêteurs m’ont cité le nom d’une source indirecte : la personne de la DST qui aurait pu confier les documents à ma véritable source, que j’ai gardée secrète."

SECRET DES SOURCES

Le journaliste a été mis en examen, après une plainte de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense, après la publication d’une enquête, dans Le Monde du 17 avril, sur les informations de la DST sur Al-Qaida, en 2000 et 2001.

La mise en examen de M. Dasquié a suscité de vives critiques et inquiétudes dans le monde de la presse. Le syndicat national des journalistes a déploré "une censure moderne qui se caractérise par la criminalisation de l’enquête journalistique". La Fédération nationale de la presse française (FNPF), qui rassemble plusieurs syndicats patronaux du secteur, a fait valoir qu’"il ne peut exister de presse libre sans la garantie du secret des sources". La Fédération européenne des journalistes (FEJ) a rappelé qu’il était "urgent de renforcer la législation sur la protection des sources en France".

L’article 109 du code de procédure pénale prévoit que "tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l’exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l’origine". La Cour européenne a condamné plusieurs fois la France pour non-respect du secret des sources, au nom de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression. Dans un arrêt du 27 novembre, à propos d’un journaliste allemand du Stern en poste à Bruxelles, la Cour a condamné la Belgique, en rappelant "le rôle essentiel que joue la presse dans une société démocratique et la protection des sources journalistiques, pierre angulaire de la liberté de la presse".


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