mercredi 18 octobre 2017

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En parvenant à détruire un engin balistique, Tokyo crédibilise sa défense antimissile

Laurent Zecchini, le Monde

mercredi 19 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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En réussissant à détruire un missile balistique à moyenne portée à l’aide d’un intercepteur embarqué sur un contre-torpilleur, les forces d’autodéfense japonaises ont franchi une étape importante pour atteindre leur objectif de disposer d’une défense antimissile protégeant l’archipel de toute menace nord-coréenne, voire chinoise. Ce tir d’essai, qui a eu lieu, lundi 17 décembre, en coordination avec la marine américaine, a consisté à abattre un missile situé à 160 km d’altitude au-dessus de l’océan Pacifique.

Le missile "assaillant" a été lancé depuis le pas de tir américain de Kauai (Hawaï), et la marine japonaise a utilisé l’un des missiles de fabrication américaine SM-3 embarqués sur les contre-torpilleurs japonais de la classe "Kongo" pour le détruire. Ces bâtiments sont équipés du système radar Aegis de détection et de poursuite de missiles, qui est l’une des principales composantes de l’architecture de défense antimissile des Etats-Unis.

Le Japon est l’un des rares pays (avec la Norvège, la Corée du Sud et l’Australie) à être doté du système Aegis. Tokyo a pris la décision de s’équiper d’une défense antimissile "multicouches" à la suite du tir d’un missile nord-coréen Taepodong, le 31 août 1998, qui avait survolé le nord du Japon. Celle-ci est composée de deux lignes de défense : la première est constituée par les quatre contre-torpilleurs "Kongo" équipés d’intercepteurs SM-3, censés détruire des missiles nord-coréens de type Rodong.

"TOURNANT IMPORTANT"

Si cette ligne de défense s’avérait inefficace, le Japon dispose de missiles américains à courte portée Patriot Pac-3, disposés sur les bases aériennes de Narashino et Iruma, près de la capitale japonaise. Pékin a réagi avec prudence, mardi, au tir japonais, se contentant d’espérer que cette action "bénéficiera à la paix et à la stabilité régionales".

Le test japonais, qui constitue la dixième intervention réalisée par le système Aegis, est important pour les Etats-Unis comme pour le Japon. Au moment où Washington tente de convaincre la Pologne et la République tchèque d’accepter sur leur territoire des éléments de sa défense antimissile, ce succès est le bienvenu. Pour le gouvernement du premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, qui a parfois du mal à justifier le partenariat très étroit avec Washington, il s’agit d’un "tournant important" dans la coopération militaire entre les deux pays, ainsi que l’a souligné le contre-amiral Katsutoshi Kawara, chef des forces maritimes japonaises.

Ce renforcement de la relation stratégique nippo-américaine ne signifie pas que celle-ci soit sans nuages. Elle s’est même tendue depuis que l’opposition japonaise, qui contrôle le Sénat, a refusé de renouveler le mandat de la mission de ravitaillement assumée par la marine japonaise dans l’océan Indien au profit des navires de la coalition internationale engagée en Afghanistan et dans la lutte antiterroriste. L’arrestation d’un officier de marine japonais, le 13 décembre, accusé d’avoir dérobé des secrets sur le système Aegis, n’est pas, d’autre part, de nature à convaincre le Congrès américain de lever son opposition à la vente d’avions de chasse furtifs F-22 Raptor au Japon, en dépit des demandes pressantes de Tokyo. Le Japon estime que sa défense antimissile doit inclure un appareil ultramoderne capable d’aller frapper des sites de missiles adverses avant leur lancement. Avion de combat de dernière génération, le F-22 conviendrait pour de telles missions, mais il n’a encore jamais été vendu à l’exportation.


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