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Des "agents en Iran" seraient l’une des sources du rapport américain sur le nucléaire iranien

Sylvain Cypel, le Monde

jeudi 20 décembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Depuis la publication, le 3 décembre, du rapport de la Direction nationale du renseignement américain sur le programme nucléaire militaire iranien, les informations publiques filtrent peu à peu sur les conditions qui ont mené à sa rédaction. Cet organisme estimait en 2005 "avec un haut degré de certitude" que l’Iran poursuivait son action de manière "déterminée". Aujourd’hui, il juge avec le même niveau d’assurance qu’"à l’automne 2003, Téhéran a stoppé son programme d’armes nucléaires", que jusqu’en juillet il ne l’avait pas réactivé mais qu’il garde "l’option ouverte". Qu’est-ce qui a suscité ce virage ?

Dès la remise du rapport de 2005, la Maison Blanche a demandé à l’espionnage américain de fournir un effort majeur pour accéder à des sources de "renseignement humain" qui lui faisaient défaut. La CIA, en particulier, a lancé une opération de "brain drain" (drainage des cerveaux). Dotée d’importants moyens financiers et supervisée par son directeur d’alors, Porter Goss, elle visait à "approcher" des militaires et des scientifiques liés au programme iranien de développement de l’arme atomique. Son objectif : les amener à saboter subrepticement l’activité des centrifugeuses d’enrichissement de l’uranium ou à faire défection, autre manière de porter préjudice au programme nucléaire.

Ce projet a été accompagné d’un effort général pour renforcer les capacités du renseignement américain en Iran, négligé jusque-là par l’administration Bush (l’Iran Task Force de la CIA, formée en 1999, était passée d’une centaine d’analystes à une douzaine en 2005).

L’opération "Drainage" serait à l’origine de l’"exfiltration" du général Ali Reza Asgari, haut responsable des Gardiens de la révolution et ex-ministre adjoint iranien de la défense, en février. Elle aurait également amené cinq autres militaires et scientifiques nucléaires iraniens - sur la douzaine initialement "ciblés" - à faire défection depuis 2005, à des dates non précisées. Ces transfuges sont jugés "de niveau moyen à supérieur". Les informations qu’eux et surtout M. Asgari ont fournies ont grandement permis d’accumuler un matériel très élargi sur le nucléaire iranien.

L’"estimation" du renseignement américain établie en 2005 avait pour principale pièce à conviction le disque dur d’un ingénieur atomiste iranien, parvenu à la CIA au printemps 2004. Deux de ses programmes, nommés L-101 et L-102, incluaient 1 000 pages de diagrammes, calculs et simulations pour faire exploser une bombe à 600 mètres au-dessus d’une cible (hauteur jugée idéale pour une explosion nucléaire). Après avoir vérifié s’il pouvait s’agir d’un leurre, le renseignement américain avait conclu à la fiabilité du document.

En 2007, il a eu à sa disposition un faisceau d’éléments beaucoup plus vaste, selon l’Israélien Yossi Melman, grand spécialiste du renseignement, qui a écrit une Histoire du renseignement israélien, un ouvrage sur L’Alliance Etats-Unis - Israël et, en 2007, Le Sphinx nucléaire de Téhéran. Un article qu’il a publié dans le quotidien israélien Haaretz, le 16 décembre, montre qu’il a eu accès aux 150 pages du récent rapport américain, et pas seulement aux pages de conclusion rendues publiques.

Ce document, écrit-il, regroupe des informations de multiples sources, y compris britanniques, françaises, israéliennes, italiennes et polonaises. Il se fonde, en plus des enregistrements et photographies satellitaires, sur des informations d’"agents en Iran", des "photos prises par des agents et des prélèvements d’échantillons solides, gazeux et liquides à proximité des sites et des laboratoires nucléaires" et "des enregistrements de conversations entre des membres élevés du gouvernement iraniens et des Gardiens de la révolution". Ces derniers évoquent la fermeture, en 2003, du principal site secret de recherches sur la fabrication d’une arme nucléaire.

Comme en 2005, les Américains ont craint une opération sophistiquée de désinformation. Ils sont à nouveau parvenus à la conclusion que celle-ci était "extrêmement improbable". Ils ont alors validé leur nouvelle "estimation".


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