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Les services de renseignement britanniques sur la sellette

Mark Trevelyan, Reuters

vendredi 8 juillet 2005, sélectionné par Spyworld

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Les activistes qui ont semé le chaos et la mort dans les transports publics londoniens jeudi matin ont échappé à la vigilance de la police et des services de renseignement britanniques, selon lesquels aucun signe avant-coureur ne permettait de dire ce qui allait se passer.

Des experts en sécurité ont estimé qu’il était prématuré d’incriminer la communauté du renseignement de quelque manquement au sujet de ces attentats, qui seraient l’oeuvre d’islamistes inspirés par Al Qaïda.

Le journal The Guardian rappelle toutefois que les chefs des services de renseignement avaient abaissé en juin le niveau de menace de "grave - général" à celui d’"important".

Selon Anthony Glees, spécialiste des services de renseignement à l’université Brunel, il faudra se demander pourquoi une telle décision a été prise alors que la Grande-Bretagne s’apprêtait à accueillir le sommet du G8 à Gleneagles, en Ecosse.

"Ils ont réduit le niveau d’alerte alors qu’objectivement, nous nous trouvions clairement à un moment politique fort. Je pense qu’il faudra s’interroger là-dessus", a-t-il dit.

Un porte-parole du 10, Downing Street a refusé d’infirmer ou de confirmer l’information, se bornant à dire : "Le gouvernement ne fait pas de commentaire sur les degrés de menace".

Un haut responsable de la police londonienne a déclaré à la presse : "D’après mes informations, nous n’avions aucun renseignement augurant de tels attentats. Aucune organisation n’avait averti que cela allait se produire".

La Grande-Bretagne a réformé la structure de ses services de sécurité pour mener la guerre contre le terrorisme, en créant un nouvel organisme - le Joint Terrorism Analysis Centre - destiné à regrouper les services de renseignement intérieurs, étrangers et militaires, le centre d’interception des communications (GCHQ) et la police. L’Espagne et l’Australie ont déjà procédé à de tels regroupements.

Le numéro deux du Home Office, Hazel Blears, avait déjà dit lors d’une conférence cette année que l’expérience avait permis de comprendre que "des citoyens britanniques aussi" s’engageaient de plus en plus dans le terrorisme, et que phénomène n’était pas exclusivement le fait d’étrangers.

Les petites cellules, qui ne dépendent pas financièrement ou techniquement du soutien ou d’ordres de l’extérieur, sont plus difficiles à intercepter en recourant aux types de mesures sur lesquelles les autorités se sont appuyées depuis le 11 septembre 2001, comme la surveillance des transferts de fonds et un renforcement des contrôles migratoires et frontaliers.

CELLULES ISOLÉES DE L’ETRANGER, PRUDENTES

"Si vous avez affaire à des personnes très prudentes dans leurs contacts, qui communiquent peu, qui évitent de se rendre en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan, qui évitent de fréquenter les mosquées trop surveillées, ces personnes ont de très bonnes chances de passer à travers les mailles du filet", explique un expert des questions de sécurité, Claude Moniquet.

Selon lui, le genre d’attentats perpétrés dans les transports londoniens nécessitait une certaine connaissance du terrain. "Ce n’est pas quelque chose qui pouvait être fait par une personne arrivée de l’étranger un mois plus tôt. On a affaire, manifestement, à des attentats préparés depuis un bon bout de temps par des personnes présentes sur les lieux".

C’est la troisième fois que des services de renseignement européens sont pris par surprise, après les attentats de Madrid en mars 2004 et le meurtre de Theo Van Gogh, un réalisateur de cinéma néerlandais assassiné par un extrémiste musulman présumé en novembre dernier.

Si la majeure partie des suspects dans l’enquête sur Madrid sont des étrangers, notamment des Marocains, il s’avère qu’ils vivaient en Espagne et ne dépendaient pas beaucoup d’un soutien logistique extérieur, d’argent ou d’instructions venant de l’étranger.

Aux Pays-Bas, le meurtrier présumé de Van Gogh était lié à une organisation islamiste radicale. Mais la cellule en question semblait opérer d’elle-même sans faire partie d’un réseau islamiste européen.

"Pour combattre ce genre de groupes, il faut soit retourner un de ses membres, ce qui prend du temps et n’est pas facile, soit les pénétrer de l’intérieur", explique Eric Denece, directeur du Centre (français) de recherche des renseignements.

"Les gens auxquels nous avons affaire ont le temps pour eux. Ils vont tenter 20 fois, 30 fois. Dans 99% des cas nous parviendrons à les empêcher de passer à l’acte. Mais il y en aura toujours un qui passera à travers les mailles du filet", ajoute-t-il.


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