lundi 23 octobre 2017

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Les nouvelles trouvailles de la cyber-censure

Laurent Suply, le Figaro

mercredi 2 janvier 2008, sélectionné par Spyworld

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Selon Reporters Sans Frontières, plusieurs Etats testent de nouvelles techniques pour bâillonner les cyberdissidents.

2676 sites web ont été fermés ou suspendus en 2007 à travers le monde, selon les chiffres annuels publiés mercredi par Reporters Sans Frontières. Pour la première fois, l’ONG consacre en effet à la cyber-censure un chapitre de ses « chiffres », qui restent par ailleurs toujours inquiétants, avec 86 journalistes tués et 67 enlevés l’année dernière.

Selon RSF, « dans certains pays, Internet est désormais autant censuré que la presse traditionnelle ». 37 blogueurs ont été interpellés en 2007, 21 autres agressés, et 65 cyberdissidents sont toujours emprisonnés, dont trois Chinois incarcérés depuis 1999 (la liste sur le site de RSF). La Chine, pionnière en matière de cyber-répression, est en effet toujours en pointe, avec une avance « incontestable ».

Principal fait d’arme de l’Empire du Milieu en 2007, une vague sans précédent de fermeture de sites : 2.500 ont été fermés avant et pendant le 17e Congrès du Parti communiste chinois. Un « black-out » qui a toute les chances de se répéter à l’approche des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.

Autre technique efficace de certains gouvernements : la rafle de blogueurs. Dernière victime en date, le Saoudien Ahmad Fouad al-Farhan, 32 ans, qui dénonçait sur le site www.alfarhan.org la corruption des dirigeants d’Arabie saoudite et le traitement des prisonniers politiques. Il a été arrêté le 10 décembre, et est tenu au secret depuis. Un coup de filet qui, s’il attire l’attention à l’étranger, a l’avantage d’inciter fortement les autres blogueurs saoudiens à l’autocensure, technique de plus en plus en vogue parmi les Etats qui pratiquent la cyber-répression.

Transformer internet en intranet

Mais certains pays innovent avec des techniques plus subtiles. Les sites des blogueurs vedettes peuvent ainsi être rendu inaccessibles pendant deux jours, puis remis en ligne, puis à nouveau désactivé. Objectif, selon RSF : « ruiner la crédibilité de sites populaires non pas en censurant de façon trop voyante, mais en simulant des problèmes techniques récurrents ». Cette recette a aussi été appliquée aux grands sites de partages de contenus.

RSF a ainsi noté six cas de blocage de la plateforme de vidéo française Dailymotion en Tunisie, où il figure parmi le top 15 des sites les plus fréquentés. Interrogé par lefigaro.fr, Martin Rogard, directeur des contenus du site, confirme avoir « constaté des problèmes d’accès depuis la Tunisie » et assure qu’aucun problème technique propre à Dailymotion ne saurait expliquer ces coupures. Reste qu’il est très difficile de prouver qu’il s’agit de cas de censure délibérée.

YouTube et Dailymotion font en effet office de fenêtres ouvertes sur le monde pour les internautes des pays les plus répressifs. Et réciproquement : ces sites permettent aussi de faire connaître à l’étranger des faits dérangeants pour les pouvoirs locaux. Et si les blogs chinois, égyptiens ou biélorusses regorgent de témoignages écrits, c’est bien l’image qui garde le plus fort impact pour attirer l’attention. 2007 en a fourni un exemple lorsque le journaliste-blogueur égyptien Wael Abbas a mis en ligne des vidéos de policiers torturant et violant un suspect en janvier dernier.

Le blocage de ces sites « 2.0 » participe à l’objectif ultime des ennemis du web libre, transformer « internet » en « intranet ». RSF estime en effet que « des gouvernements comme la Chine, la Birmanie ou la Syrie tentent de faire du Web un réseau limité aux seuls échanges à l’intérieur du pays ».

A lire : RSF a publié en octobre 2007 un rapport consacré à la Chine, nommé « Voyage au cœur de la censure d’Internet ». L’ONG a également mis en ligne un manuel du parfait cyberdissident.

Jingjing et Chacha, les deux « cyber-policiers » affichés par certains sites chinois. Crédits photo : AP


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