jeudi 14 décembre 2017

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Une enquête criminelle sur les actes de torture de la CIA

Jean-Louis Turlin, le Figaro

vendredi 4 janvier 2008, sélectionné par Spyworld

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Le procureur Durham est chargé des investigations sur les interrogatoires musclés de l’agence de renseignement. Un autre mauvais coup pour la CIA après la révélation de l’existence de prisons secrètes.

L’affaire éclate le 6 décembre dernier, quand la CIA admet avoir détruit les enregistrements visuels de ses interrogatoires, en 2002, de deux membres supposés d’al-Qaida, Abu Zubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri, dans des prisons secrètes de l’agence de renseignement à l’étranger. Deux jours plus tard, le ministère de la Justice ouvre une enquête préliminaire qui vient d’aboutir, mercredi, à la nomination d’un procureur fédéral, John Durham, auquel est confiée une instruction criminelle en bonne et due forme.

Au cours de ses vingt-cinq ans de carrière, John Durham s’est signalé par son indépendance et sa force de caractère. Ces qualités laissent penser qu’il ira jusqu’au bout de ses investigations, qui pourraient se prolonger au-delà de la présidence Bush. Il ne jouira cependant pas de l’étendue des pouvoirs ni de l’autonomie d’un procureur spécial, comme Patrick Fitzgerald, qui avait envoyé en prison avant commutation de sa peine un collaborateur du vice-président Cheney dans l’affaire de la révélation de l’identité d’une espionne de la CIA, Valerie Plame. C’est pourquoi le Congrès poursuivra parallèlement sa propre enquête. La commission du renseignement de la Chambre des représentants a convoqué pour le 16 janvier Jose Rodriguez, l’ancien directeur des opérations clandestines de la CIA qui a ordonné la destruction des vidéos en 2005.

Une plainte de détenus

Rodriguez a justifié sa décision par les risques de représailles encourus par les interrogateurs, si le contenu des bandes était accessible à des organisations terroristes. La CIA est connue pour avoir recours à des méthodes musclées, y compris la simulation de la noyade assimilée à de la torture. La vraie raison de l’élimination des bandes est peut-être autre : l’ordre, donné en novembre, suivait de quelques jours la révélation de l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe et ailleurs, exposant ainsi les interrogateurs à des poursuites. Or, en juin 2005, en réponse à une plainte de détenus, un juge avait ordonné au gouvernement Bush de sauvegarder « toute preuve et information concernant la torture, le mauvais traitement et les abus » commis à la prison extraterritoriale de la base de Guantanamo à Cuba.

Pour la CIA, les autres prisons n’étaient pas concernées. Mais la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 avait réquisitionné tous les documents des agences du renseignement. Ses responsables viennent de dénoncer « une entrave à la justice ». Qui savait quoi et à quel moment, à la Maison-Blanche et ailleurs, telle est la question.

L’instruction criminelle a été confiée à John Durham. Crédits photo : AP


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