dimanche 22 octobre 2017

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Mieux comprendre le lobbying

Patrick Martin* , le Figaro

vendredi 26 août 2005, sélectionné par Spyworld

La défaite de Paris pour l’attribution des Jeux olympiques de 2012 a fait resurgir dans le débat d’opinion en France une notion qui reste mal comprise voire méconnue : le lobbying.

Interrogé, début juillet, sur la stratégie adoptée par Paris, Bertrand Delanoë soulignait que « nous n’avons pas la culture du lobbying anglo-saxon ». Dans ces propos et dans les commentaires qui ont suivi l’annonce de Singapour, cette culture du lobbying anglo-saxon s’est trouvée associée au franchissement d’une certaine « ligne jaune » et, implicitement, à l’usage de pratiques déloyales. Voilà qui ne va pas renforcer la popularité du lobbying...

Il est décevant de constater que le lobbying a toujours mauvaise presse en France et se trouve associé à des pratiques douteuses : trafic d’influence, faveur, privilège, dessous de table, etc. Le lobbying est pourtant fondamentalement différent de ces pratiques.

Les amitiés ne suffisent pas à influencer des prises de décision qui sont aujourd’hui devenues très complexes. Cette complexité impose d’agir concurremment sur le pouvoir législatif et sur l’exécutif, autrement dit vis-à-vis des administrations, qui arrêtent les choix techniques, et des gouvernements, qui arrêtent les choix politiques.

Né en Angleterre, le lobbying désignait l’activité des groupes d’influence, de pression qui cherchaient à influencer les décisions du Parlement britannique. Si les pratiques du lobbying n’ont plus grand-chose à voir avec ce qu’elles étaient, son rôle n’a pas changé.

Il faut reconnaître que le lobbying reste globalement étranger à l’ordre juridique français et que l’attitude des hommes politiques aussi bien que de l’administration est ambiguë. D’un côté, ils éprouvent encore des réticences à écouter les lobbies qui sont l’expression d’intérêts particuliers. De l’autre, ils ne cessent dans leur discours de se référer à la « concertation » et à l’écoute des « partenaires sociaux », sans que ceux-ci soient clairement identifiés...

Il faut néanmoins reconnaître que l’attitude de la puissance publique a nettement évolué - peut-être influencée par les pratiques bruxelloises et qu’elle est de plus en plus à l’écoute des lobbies. Les avantages pour les « décideurs » de nouer des liens avec les différents lobbies sont multiples : procéder à un échange d’information, bénéficier d’une expertise technique ou juridique, expliquer une décision, anticiper et prendre en compte d’éventuelles oppositions. Pour les hommes politiques, il s’agit également et tout simplement de recueillir l’opinion de leurs futurs électeurs.

L’activité d’un lobby se déroule d’ailleurs de plus en plus souvent au sein d’instances mises en place dans le cadre d’une concertation voulue par la puissance publique elle-même : commission, enquêtes publiques, auditions, audiences, etc. L’activité de lobbying est alors parfaitement transparente et prend la forme d’une négociation.

Le lobbying doit aussi être regardé avec modestie. En effet, un lobby revendique un infléchissement de la norme, parfois de sa seule interprétation, et non un changement d’orientation globale. Il n’a en aucun cas vocation à se substituer à la représentation politique et au législateur... Même au service d’intérêts privés ou particuliers, il doit rester conforme à la poursuite de l’intérêt général et à un complément d’information de la puissance publique. Pour avoir une chance d’être écouté, que ses arguments soient entendus et ses propositions retenues, un lobby ne doit pas défendre son intérêt exclusif. Un lobby doit oeuvrer pour la défense d’un secteur, la plupart du temps économique, non pour obtenir une mesure individuelle.

Il faut ajouter qu’un dossier bien ficelé, étayé par la formalisation de l’expérience concrète des professionnels, ne peut que contribuer à l’exigence de recherche d’intérêt général, échappant à la vacuité du voeu pieux ou à la caricature de la somme des intérêts particuliers.

Dès lors, un bon travail de lobbying s’apparente à une négociation entre partenaires sociaux arbitrée par la puissance publique ou à une négociation avec la puissance publique elle-même, permettant en général d’élaborer les solutions les plus satisfaisantes pour tout le monde et partant d’une situation « donnant-donnant » permet souvent d’aboutir à une solution « gagnant-gagnant ».

Qu’on le veuille ou non, le lobbying fait dorénavant partie intégrante de la vie publique. C’est un outil essentiel. A chacun de faire en sorte que cette arme fasse partie de son arsenal futur.


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