vendredi 20 octobre 2017

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Les entreprises françaises ne doivent pas être protégées

Pierre Briançon, le Monde

jeudi 10 janvier 2008, sélectionné par Spyworld

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Nicolas Sarkozy veut "protéger" les entreprises françaises contre les malheurs du monde. Mais elles n’ont rien demandé. Et celles qui le demandent ne méritent pas protection. Le président français veut faire de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) une sorte de fonds souverain tricolore, instrument d’une "politique de défense et de promotion des intérêts économiques primordiaux de la nation". Si l’on comprend bien, la CDC pourrait se voir demander d’investir dans toute entreprise craignant une offre publique d’achat (OPA) hostile, ou d’aider le gouvernement à mettre en oeuvre une de ces politiques industrielles qui ont conduit à de retentissants échecs.

M. Sarkozy met ainsi fin aux espoirs qu’avait pu faire naître Christine Lagarde, en suggérant le contraire - appelant la Caisse à investir dans des entreprises pour des raisons financières, comme un investisseur normal, sans se mêler de leur gouvernance. Le président français confirme au passage que son ministre de l’économie est bien un poids léger de son gouvernement. Mais il montre surtout qu’il ne comprend pas.

Les entreprises françaises ont largement bénéficié de la mondialisation, notamment parce qu’elles ont pu croître et se développer par des acquisitions qui n’ont pas été toutes amicales. On se souvient par exemple de l’OPA hostile de Saint-Gobain sur le britannique BPB, il y a deux ans. Essayer de protéger les groupes français contre les OPA ne fera qu’encourager leur somnolence, pénalisera leurs actionnaires et les exposera à des mesures de rétorsion dans les autres pays. La "protection" à la Sarkozy punirait les meilleurs et récompenserait les médiocres.

Heureusement, la CDC, avec moins de 40 milliards investis en actions (moins de 3 % de la capitalisation boursière des groupes du CAC 40), peut difficilement passer pour un fonds souverain, dont elle n’approche pas la taille. Et elle ne dispose pas de revenus réguliers qui augmente tous les ans ses ressources. Son pouvoir de "protection" restera surtout symbolique.

M. Sarkozy pense sans doute que la magie de son verbe peut servir d’arme de dissuasion contre les "prédateurs" étrangers. Dans tous les cas, il manque à son devoir d’expliquer aux Français qu’ils n’ont rien à craindre de la mondialisation - bien au contraire.


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