mardi 12 décembre 2017

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Jobs d’espion pour étudiants

Monique Keller, 24heures.ch

samedi 27 août 2005, sélectionné par Spyworld

Des petites annonces proposent aux étudiants d’infiltrer les milieux extrémistes de gauche pour 30 francs l’heure. Le service de renseignement intérieur helvétique serait à l’origine de ces « emplois ». Il ne nie pas l’engagement d’informateurs payés.

Publiées sur le site internet de l’Uni de Zurich et de l’EPFZ, des petites annonces cherchent des étudiants pour espionner la scène d’extrême gauche.

« Cherche étudiants aimant écrire, de temps à autre, des reportages sur des manifestations politiques. » Plusieurs annonces de ce type ont été publiées ces derniers mois sur la page « emplois » du site électronique de l’Université et de l’Ecole polytechnique de Zurich, révèle le quotidien alémanique Tages-Anzeiger .

Un étudiant, préférant garder l’anonymat, a répondu à l’annonce via une adresse e-mail. On lui a alors fixé un rendez-vous au buffet de la gare centrale de Zurich, où il a rencontré une personne qui n’a pas voulu décliner son identité. Elle a expliqué qu’il s’agissait d’un travail pour le compte du Service d’analyse et de prévention (SAP). Ex-police fédérale, le SAP est le service de renseignement intérieur et dépend du Département fédéral de justice et police. Il vise notamment à la « protection préventive de l’Etat » en rassemblant des informations sur des organisations extrémistes. Le travail proposé consistait, selon l’étudiant, à infiltrer les milieux de l’extrême gauche et à rassembler des informations sur les activités et les manifestations planifiées. Il devait notamment récolter des flyers et des noms d’activistes. Ce job d’espionnage est payé 30 francs l’heure.

Au Service d’analyse et de prévention, on ne confirme ni ne dément l’information. « Nous ne nous exprimons jamais sur des cas concrets pour ne pas compromettre nos sources d’informations », répond au Tages-Anzeiger Jürg Bühler, chef adjoint du SAP. « Mais il est tout à fait plausible que nous sollicitions des tiers qui nous livrent certains renseignements », a-t-il admis. Conformément à la loi, le service de renseignement intérieur est effectivement autorisé à engager des informateurs privés. Mais il ne peut recourir à ce moyen que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent, l’espionnage et la prolifération d’armes de destruction massive. Le département de Christoph Blocher et le Parlement sont chargés de contrôler les abus.

La direction du service de renseignement assure que les informateurs sont éclairés sur la limite juridique de leur activité. « Il n’est pas admis, par exemple, qu’une personne commette un cambriolage ou un autre délit pour acquérir des informations », précise Jürg Bühler. Celui-ci souligne que la Confédération n’est pas la seule à utiliser ce genre de méthode : des sociétés privées dans le secteur de la sécurité mandatent elles aussi des particuliers pour infiltrer certains milieux. En effet, il existe un véritable marché du renseignement. Celui-ci répond à une demande sécuritaire des entreprises qui craignent d’être la cible d’organisations extrémistes.


Urs von Däniken (en médaillon), ancien numéro deux de la police fédérale lors de l’affaire des fiches au début des années 90 (ci-dessus), aimerait considérablement augmenter les prérogatives du Service d’analyse et de prévention, le service de renseignement intérieur, lequel dépend du Département fédéral de justice et police. Christoph Blocher a déjà dû intervenir pour modérer les propositions de révision de la loi. KEYSTONE

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