samedi 16 décembre 2017

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Crise entre Moscou et Londres sur le British Council

Marie Jégo, le Monde

mercredi 16 janvier 2008, sélectionné par Spyworld

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Mises à mal depuis l’empoisonnement le 26 novembre 2006 à Londres d’Alexandre Litvinenko, un ex-agent des services de sécurité russes (FSB) devenu opposant à Vladimir Poutine, les relations entre la Russie et la Grande-Bretagne sont entrées dans une nouvelle phase de turbulence autour du sort du centre culturel britannique British Council.

A la mi-décembre 2007, Moscou, invoquant un "problème juridique", avait ordonné la fermeture des antennes régionales du centre culturel à Ekaterinbourg et Saint-Pétersbourg. Faisant fi de l’interdiction russe, les bureaux régionaux du British Council ont ouvert leurs portes après les fêtes de fin d’année. Moscou a parlé de "sabotage".

Convoqué lundi au ministère des affaires étrangères, l’ambassadeur britannique Antony Brenton a été prévenu : désormais, les autorités russes ne délivreront pas de visas aux nouveaux employés britanniques du centre, les accréditations déjà délivrées ne seront pas reconduites, des arriérés d’impôts seront exigés. En outre, "la Russie se réserve le droit de prendre des mesures supplémentaires, y compris à l’égard de la représentation moscovite (jusque-là épargnée)", menace le ministère.

Les services de sécurité (FSB) ont indiqué avoir "entamé un travail d’explication" auprès des employés russes du British Council "pour les protéger de leur instrumentalisation par les Britanniques".

Doté d’un statut diplomatique, le British Council a considérablement réduit ses activités en Russie puisqu’il ne lui reste plus que deux antennes régionales hors de Moscou, contre quinze il y a trois ans. Malgré cela, 500 000 Russes ont eu recours aux services du centre en 2007 (cours d’anglais, bourses, séminaires, expositions, prêt de livres). La réduction de ses activités intervient dans un contexte où Moscou perçoit désormais les activités d’organismes étrangers (centres culturels, ONG) comme une intrusion, voire de l’espionnage.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a indiqué, mardi 15 janvier, que Moscou ne permettrait pas "l’ingérence de l’étranger dans les affaires intérieures du pays, notamment dans le processus électoral", à l’approche de l’élection présidentielle russe du 2 mars.

Mardi, le ton a continué de monter entre les deux capitales, Londres accusant Moscou de faire du British Council l’"otage" de la crise diplomatique, Moscou dénonçant la "nostalgie coloniale" britannique. L’allusion au "colonialisme" des Occidentaux est devenue une figure de style des discours de l’élite russe. Au moment de la "révolution orange" en Ukraine à l’hiver 2004-2005, le président Vladimir Poutine avait donné le ton, s’insurgeant contre l’Occident "en casque colonial", accusé de fomenter la contestation.

De plus en plus remonté contre les activités occidentales en Russie, Moscou paraît décidé à développer les siennes en Occident. Comme M. Poutine l’avait fait savoir au sommet européen de Marfa (Portugal) en octobre 2007, la Russie s’est donnée pour mission de surveiller les droits de l’homme en Europe.

L’"Institut russe pour la démocratie et la coopération" vient d’ouvrir deux représentations, l’une à New York, l’autre à Paris. Son président, Anatoli Koutcherena, un avocat membre de la Chambre civique (l’assemblée des ONG et des membres de la société civile choisis par le président russe), a indiqué que l’un des buts était d’"améliorer l’image de la Russie à l’étranger", mais a nié agir pour le compte du Kremlin.


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