jeudi 19 octobre 2017

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Débris spatiaux : « On ne peut pas s’en débarrasser »

Propos recueillis par Laurent Suply, le Figaro

lundi 28 janvier 2008, sélectionné par Spyworld

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A l’heure où la chute d’un satellite espion américain inquiète, Fernand Alby, responsable des débris spatiaux et de la surveillance de l’espace au CNES, revient sur les dangers de la pollution spatiale.

Combien d’objets errent en orbite autour de la Terre à l’heure actuelle ?

Le catalogue américain recense actuellement 12.000 objets (voir la simulation en vidéo ci-dessous) d’une taille supérieure à 10 centimètres. Les débris plus petits sont difficiles à quantifier. On peut les voir à un instant T, mais nous ne sommes pas capables de les suivre en temps réel ou de calculer leur route.

Les Etats-Unis cherchent à amener leur capacité de détection à un diamètre de 5 cm. Il y aura peut-être alors 30 à 40.000 objets répertoriés.

Y-a-t-il actuellement une explosion du nombre de « polluants » lâchés dans l’espace ?

Non, la courbe est presque régulière, et le nombre augmente de 200 à 250 objets de plus de 10 cm par an. Mais cela dépend d’évènements ponctuels, tels que l’essai de destruction d’un satellite par la Chine en 2007.

Outre les fragments de satellites ou de fusée, que trouve-t-on dans l’orbite terrestre ?

Les fragments représentent la très grande majorité des objets catalogués. Les déchets de la Station Spatiale Internationale sont ramenés sur Terre ou désintégrés lors de la rentrée en orbite des cargos russes Progress. Nous avons quelques cas plus insolites, par exemple un tournevis et un sur-gant abandonnés par mégarde lors de sorties extravéhiculaires d’astronautes, mais cela reste anecdotique.

Peut-on dépolluer l’espace ?

Non, on ne peut pas se débarrasser de ces objets. Il faut donc faire de la prévention, et s’assurer que les débris retomberont sur Terre, de manière à pouvoir suivre leur trajectoire et réduire les risques. Pour les objets placés en orbite géostationnaire, qui ont une durée de vie de plusieurs millions d’années, il faut s’assurer que les moteurs seront à même, en fin de vie, de diriger l’objet vers une « orbite cimetière » située au-dessus.

Concrètement, quel danger représentent ces débris en orbite ?

C’est un problème de collision, car ces objets ont une vitesse considérable, de l’ordre de 8 kilomètres par seconde. En moyenne, à chaque voyage d’une navette spatiale, la Nasa doit changer un hublot à cause d’impacts. Ils sont très épais et résistants, mais l’équipage se trouve juste derrière. Les débris peuvent aussi frapper le bord d’attaque des ailes de la navette, ce qui pourrait poser problème lors de son entrée dans l’atmosphère.

Au-delà du risque humain, il y a évidemment un danger pour les satellites commerciaux, qui représentent de gros investissements financiers.

On parle actuellement d’un satellite espion américain susceptible de s’écraser. Que sait-on de cet objet, et quel danger représente-t-il ?

Le catalogue américain des objets en orbite n’intègre pas ce type d’objets classifiés, ce qui est compréhensible. Actuellement, personne n’est en mesure de dire où ce satellite va s’écraser, et on ne sera en mesure de le savoir que juste avant sa chute. On sait seulement qu’il représente une masse d’une dizaine de tonnes, et que 10 à 20% de la masse des objets qui traversent l’atmosphère s’écrasent effectivement sur Terre. Il ne s’agira pas d’un seul morceau d’une tonne, mais plus probablement de plusieurs morceaux de quelques kilos.


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