jeudi 19 octobre 2017

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Le difficile financement de la vidéosurveillance

Jean Chichizola, le Figaro

mercredi 31 août 2005, sélectionné par Spyworld

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Qui financera le développement de la vidéosurveillance décidé au lendemain des attentats de Londres et intégré dans le projet de loi antiterroriste en préparation ? Au ministère de l’Intérieur, maître d’oeuvre de l’opération, on affiche la sérénité, en soulignant que « face aux impératifs de la lutte antiterroriste, il n’y aura jamais de problème d’enveloppe ». La Place Beauvau a entrepris de dresser un état des lieux et de mettre de l’ordre dans l’anarchie qui règne en matière de vidéosurveillance. Présidée par l’inspecteur général de l’administration, Philippe Melchior, une mission d’experts a multiplié les contacts en France et à l’étranger. Première conclusion : le parc français, avec 60 000 autorisations de vidéosurveillance à travers le pays, est loin d’être négligeable. Il souffre en revanche de nombreux problèmes que le plan devrait régler : vétusté d’une partie des matériels, mauvais entretien, absence de coordination dans l’utilisation et la gestion des réseaux.

Les experts du ministère de l’Intérieur savent qu’une mise à niveau ne suffira pas. « Après avoir mis de l’ordre, explique un haut responsable du ministère, il faudra boucher un certain nombre de trous dans le dispositif. » Reste alors à déterminer qui paiera pour ces futures caméras et leurs systèmes d’exploitation. L’achat, l’installation et la gestion d’un seul engin coûtent en effet plusieurs dizaines de milliers d’euros. La mission Melchior recommanderait un équipement obligatoire pour les lieux jugés stratégiques. Au nom de la lutte antiterroriste, le procédé s’inspirerait des dispositifs imposés aux installations sensibles, tels les sites industriels classés « Seveso ». D’autres voix au ministère de l’Intérieur recommanderaient une incitation financière, sous la forme d’une réduction d’impôts ou d’une prime d’assurance.

En réalité, l’enjeu financier varie selon les acteurs. Selon un expert, les entreprises privées, en particulier les grands magasins et les centres commerciaux, déjà friandes de vidéosurveillance, y trouveraient leur intérêt. D’une formule, notre spécialiste résume : « On fait payer le privé, mais en échange on lui permet de mieux utiliser les caméras installées en autorisant notamment la surveillance de la voie publique pour lutter contre le chapardage. »

Président de l’Union des commerces de centre-ville (qui réunit la Fnac, Virgin, les Galeries Lafayette, le Printemps, Monoprix, le Bon Marché, C & A, le BHV, la Samaritaine, Habitat et Madelios), Jacques Perrilliat - qui juge « assez médiocre » le parc existant - se déclare « intéressé » par une telle incitationmais attend de connaître les modalités d’application. Le vol représente en moyenne 2% du chiffre d’affaires du secteur. Il précise également que le recours à la vidéosurveillance doit rester mesuré et que les clients « doivent toujours se sentir les bienvenus ».

Second acteur du plan vidéosurveillance, les grandes entreprises de transport, comme la SNCF, la RATP ou Aéroports de Paris (ADP), disposent déjà d’un réseau et de programmes de développement. ADP comptait 1 900 caméras fin 2004 et en aura 6 000 en 2008. Le financement est assuré par une taxe d’aéroport spécifique. La situation de la SNCF et de la RATP, lourdement endettées, est différente. Un haut responsable des chemins de fer rappelle qu’en « région parisienne, le financement relève du syndicat des transports de l’Ile-de-France, en clair de l’Etat et du conseil régional, pour lesquels la vidéosurveillance a toujours constitué une priorité dans la lutte contre la délinquance ». Lors de son premier passage au ministère de l’Intérieur, entre 2002 et 2004, Nicolas Sarkozy avait néanmoins demandé un effort dans ce domaine aux entreprises de transport. En province, la SNCF prend en charge l’équipement de 200 grandes gares, déjà largement pourvues, tandis que 1 800 autres dépendent des conseils régionaux.

Les grandes villes seront également sollicitées pour régler la facture. Pour l’heure, la première d’entre elles a fait état de ses réticences. Au printemps dernier, la Préfecture de police avait proposé à la mairie de Paris un plan de développement : passer en cinq ans de 295 à 495 caméras performantes. « Ce plan, explique un expert, rejette l’option Big Brother à la manière de Londres mais permet de combler les lacunes du système. » Pour la Préfecture, le projet, d’un coût total de 7 millions d’euros, doit être pris en charge par la mairie. Pour la mairie, qui rappelle sa contribution à la lutte antiterroriste, c’est à l’Etat de payer. « Avec les charges que la décentralisation nous a imposées, il n’est pas possible de faire davantage », dit Christophe Caresche, adjoint de Bertrand Delanoë, chargé de la sécurité.


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