dimanche 22 octobre 2017

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Le patron de la DST, Bernard Squarcini, mis dans l’embarras

Isabelle Mandraud, le Monde

vendredi 1er février 2008, sélectionné par Spyworld

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L’interpellation à Paris, le 17 janvier, de Jean-Christophe Angelini, leader du Parti de la nation corse (PNC) a suscité des remous dans les rangs de la police. Ce jour-là, en effet, le conseiller territorial autonomiste, présenté comme un élément modéré de la scène politique corse, venait de déjeuner avec Bernard Squarcini, le patron de la direction de la surveillance du territoire (DST). Et il a fallu à ce dernier faire preuve de beaucoup de diplomatie et de célérité pour lever le soupçon d’avoir tendu un piège à son interlocuteur...

Une situation des plus inconfortables pour ce corse lui-même, fin connaisseur des affaires insulaires et proche de Nicolas Sarkozy qui a, sans tarder, fait passer des messages à la famille de M. Angelini, via son avocat. Les deux hommes se connaissent bien, se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises. Cette fois, le directeur de la DST, qui devrait bientôt prendre les commandes de la future direction centrale du renseignement intérieure (DCRI), avait pris contact pour évoquer la situation, localement très tendue, après l’incendie de l’Assemblée de Corse. Or, suprême humiliation, il n’a été prévenu que tardivement de l’arrestation de M. Angelini par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) dépendant de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Rivalité ? Mésentente ? Du côté de la DCPJ, on jure qu’il s’agit d’un "télescopage" accidentel, d’une "pure coïncidence". Les policiers de l’OCRGDF, assure-t-on, agissaient sur commission rogatoire du juge marseillais Charles Duchaine, dans le cadre de l’enquête sur les détournements de fonds à la Société méditerranéenne de sécurité (SMS), ni plus ni moins. Ce sérieux couac entre services de police a tout de même été évoqué entre Bernard Squarcini et Martine Monteil, directrice de la DCPJ, lors d’un voyage commun, quelques jours plus tard, en Chine, sur la sécurité des Jeux olympiques.

L’épisode a surtout permis de mettre en lumière d’autres tensions. Plusieurs responsables de la sécurité mettent ainsi en cause le peu d’empressement de la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie pour le dossier corse. Ils soulignent la disparition d’un interlocuteur "spécialisé", à l’image du rôle que tenait Marie-Hélène Debart au cabinet de Nicolas Sarkozy quand il était en poste place Beauvau. Au ministère de l’intérieur, on réplique en rappelant combien le président de la République s’était lui-même placé aux avant-postes sur la question corse. De part et d’autre, on se rejette la responsabilité des difficultés actuelles exacerbées par de très nombreuses interpellations sur l’île sans les résultats escomptés.

Recevant les élus corses, jeudi 31 janvier, en présence de Mme Alliot-Marie et de la garde des sceaux, Rachida Dati, François Fillon a indirectement tranché la querelle. En conclusion de cette réunion de deux heures qui n’a débouché sur aucune décision concrète, le premier ministre, après avoir écouté les doléances des élus, dont l’interpellation "spectacle" de M. Angelini, a conclu, un brin rigolard : "En somme, vous êtes orphelins de Nicolas Sarkozy..."


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