dimanche 17 décembre 2017

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Le gouvernement voudrait protéger dix secteurs contre les OPA

Le Monde, avec Reuters et AFP

jeudi 1er septembre 2005, sélectionné par Spyworld

Après l’affaire Danone, le gouvernement français a dévoilé, mercredi 31 août, dix secteurs industriels français qui pourront être protégés des OPA lancées par des groupes étrangers. Aux termes de ce projet de décret, cité par le ministère de l’industrie, seront protégés les casinos, les activités de sécurité, les biotechnologies, la production d’antidotes, le matériel d’interception des communications, la sécurité des systèmes informatiques, les technologies duales (relatives au civil et au militaire), la cryptologie, les marchés secret-défense, et l’armement. Cette liste ne sera définitive qu’après l’examen, en cours, du projet de décret par le Conseil d’Etat. Il permettra au gouvernement d’empêcher une fusion-acquisition, au cas par cas.

Beaucoup de ces secteurs sont directement ou indirectement liés à la sécurité nationale, et donc déjà éligibles à des mesures de protection, selon des économistes. Le gouvernement affirme pour sa part que "dans le travail de concertation avec Bruxelles", ces secteurs "n’ont pas été considérés comme relevant de la défense nationale". "Ça fait un peu pschiit", a commenté l’économiste Xavier Timbeau, économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui estime que dans leur majorité, "ce sont des secteurs sur lesquels on peut à chaque fois évoquer une clause de type sécurité nationale".

La présence des casinos dans cette liste s’explique par leur utilisation possible pour le blanchiment de l’argent sale. La mention de la "production d’antidote" fait écho à la volonté exprimée en mars 2004 par l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin de veiller à préserver le potentiel scientifique de l’industrie pharmaceutique française dans la lutte contre le bioterrorisme. A l’époque, le groupe suisse Novartis cherchait à se rapprocher du groupe français Aventis (Sanofi-Aventis est le numéro un mondial de la production de vaccins).

Le projet de décret ne cite ni l’agroalimentaire, ni la grande distribution, ni le secteur minier ou pétrolier, à propos desquels des rumeurs d’OPA ont suscité l’inquiétude des milieux politiques français, s’agisssant du géant américain PepsiCo et Danone ou du groupe minier brésilien CVRD et Eramet, spécialisé dans le nickel, le manganèse et les aciers spéciaux.

Le gouvernement français promet qu’il respectera le droit européen. "Cela s’inscrit évidemment dans le cadre de la réglementation européenne stricto sensu", a assuré le ministre de l’économie, Thierry Breton, au micro d’Europe 1. "Chaque pays (de l’UE) a la possibilité de définir des secteurs dits ’stratégiques’, conformes à l’intérêt national, par exemple dans le domaine de la défense ou des technologies sensibles", a souligné Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement. "C’est dans ce cadre seulement que le gouvernement réfléchit à des dispositions qui pourraient être tout à fait comparables à ce qui se pratique dans d’autres pays membres de l’Union européenne."

La publication de la liste des secteurs sanctuarisés "donnera une bonne visibilité aux investisseurs étrangers", déclarait François Loos lundi dernier dans une interview publiée par le quotidien économique Les Echos. "Notre politique n’est pas de s’opposer par principe à tout rachat d’une entreprise française : elle est de renforcer la compétitivité et l’indépendance de nos entreprises et de faire en sorte qu’elles soient à armes égales avec leurs homologues étrangers", assurait-il. Le ministère de l’industrie mise ainsi sur le renforcement de l’actionnariat des entreprises françaises, souligne son entourage, notamment par la mise en place des PERP, sortes de fonds de pension à la française.

"PATRIOTISME ÉCONOMIQUE"

Le 27 juillet, après l’affaire Danone, le premier ministre, Dominique de Villepin, avait déclaré qu’il souhaitait "rassembler toutes nos énergies autour d’un véritable patriotisme économique". Le même jour, le président Jacques Chirac avait demandé au gouvernement de "renforcer le dispositif de protection de nos entreprises stratégiques", déplorant en conseil des ministres "l’absence de stabilité du capital de grandes entreprises" françaises.

Dans un éditorial du 31 août, le Financial Times dénonce la politique protectionniste du gouvernement français en matière de fusions-acquisitions, sous couvert de défense des intérêts nationaux, "alors que les entreprises françaises accumulent les rachats à l’étranger". Le quotidien britannique relève "un double langage typiquement français", accusant le gouvernement français de démagogie. "Il est difficile de résister à la conclusion que poser pour la galerie protectionniste est l’un des moyens utilisés par le gouvernement français pour tenter de retrouver une certaine crédibilité au lendemain de sa cuisante défaite au référendum sur la Constitution européenne", insiste le FT dans son éditorial. Ces réactions très critiques interviennent alors que le groupe français Saint-Gobain (verre, emballages, matériaux de construction) a confirmé mercredi son offre sur le plâtrier britannique BPB.

Toujours dans les colonnes du FT mercredi, David Willets, porte-parole du Parti conservateur britannique sur les questions de commerce et d’industrie, est encore plus véhément, accusant la France "de faire preuve de stupidité" et "d’appliquer deux poids, deux mesures". "Les Français semblent considérer que beaucoup de leurs entreprises sont liées à leur sécurité nationale", ironisait ce dernier, en référence aux craintes suscités en France en juillet par les rumeurs de rachat de Danone par l’Américain PepsiCo.


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