vendredi 20 octobre 2017

Accueil du site > Intelligence économique > Alain Juillet (chargé de l’intelligence économique auprès du Premier (...)

Alain Juillet (chargé de l’intelligence économique auprès du Premier ministre) « L’ère de la sécurité économique active est là. »

Jean-Philippe Bichard , 01 DSI

jeudi 1er septembre 2005, sélectionné par Spyworld

logo

01 DSI : Y a-t-il encore des leçons à tirer de l’affaire Gemplus ?

Alain Juillet : Il s’agit d’un exemple ou d’un contre-exemple d’intelligence économique (IE). Une fois encore, les choses se révèlent plus complexes que ce que l’on veut bien laisser percevoir et les points sont tous différents selon les acteurs. Cessons d’être manichéens et de nous faire manipuler par des opérations de désinformation. Soyons pragmatiques : si un actionnaire étranger a pris la majorité, qui l’a laissé entrer dans le capital ? Dans le cadre de quel accord ? Négocié avec qui ? Quelles lois ou règlements l’empêchaient d’acquérir ce leader mondial dans sa catégorie ? Il est toujours plus facile de prendre pour cible l’agresseur, surtout s’il commet des erreurs et des opérations discutables, mais il faut aussi savoir balayer devant sa porte.

Face à ceux qui réclament à corps et à cri des armes identiques à celles utilisées par nos adversaires dans le cadre de cette affaire, il faut répondre que la vraie réponse est à trouver en nous-mêmes. La France, comme chaque pays de la Communauté européenne, se définit en fonction de son héritage et de sa culture. Nous sommes un pays libéral amoureux de la liberté. A ce titre, les lois mises en oeuvre dans le cadre du Homeland Security Act, aux Etats-Unis, ne sont pas transposables en Europe. Un fonds d’investissement tel qu’In Qtel (entretenu par la CIA) ne peut pas exister dans un contexte français. Cela ne nous empêche pas de créer nos propres solutions, qui s’inscrivent dans le cadre de nos législations et de notre culture.

En matière d’intelligence économique, doit-on attendre plus des initiatives privées ou de la puissance publique ?

Mon action s’inscrit dans la continuité. En intelligence économique, au-delà du battage médiatique, les fondamentaux existent avec le rapport Martre de 1994, les travaux de Bernard Esambert et du préfet Pautrat, puis le rapport Carayon.

Beaucoup d’acteurs s’expriment désormais sur l’IE. A commencer, et je m’en réjouis, par le Medef ou le Cigref, qui se rangent en ordre de bataille. Les ministères les plus importants ont créé des postes de délégués à l’intelligence économique, les colloques et conférences sur ce thème se succèdent. Tout cela va dans le bon sens, mais nécessite d’être coordonné. C’est le rôle de l’Etat de mettre en musique, à un rythme soutenu, cette approche qui s’inscrit dans le cadre de la sécurité économique.

Comment s’en sort la France en matière d’intelligence économique ?

Pour réussir, il faut forger, puis utiliser nos propres armes, s’appuyer sur des technologies européennes. Depuis mars 2004, un travail de fond a été accompli, qu’il s’agisse du maillage des régions, avec le concept d’intelligence territoriale, de l’appui aux entreprises ; avec la création de fonds d’investissement, et la modification de la loi sur le contrôle des investissements étrangers, la création d’un référentiel de formation.

Sans triomphalisme, il faut reconnaître que, mis à part les Anglais et les Scandinaves, la France occupe en Europe un rang plus qu’honorable en matière d’intelligence économique. Et nous mettons les bouchées doubles pour revenir dans le peloton de tête.

Vous avez fait le pari de faire adhérer les PME à l’IE ?

Après le « toilettage » réglementaire et la création d’un référentiel IE à la « française », c’est effectivement un des objectifs majeurs de la politique publique voulue par le Premier ministre et relayée par les ministères concernés, à commencer par celui de l’Intérieur. Il passe par la mise en place régionale de l’intelligence territoriale, à laquelle sont associés les administrations, les organisations consulaires, et les élus. C’est à partir de ce socle que nous pourrons développer la maîtrise des technologies associées a l’IE et encourager nos experts à exploiter leurs capacités créatrices chez nous. Les 2 300 000 TPE, PME et PMI performantes découvrent, souvent trop tard, qu’elles sont dotées de compétences et de patrimoines stratégiques qui intéressent leurs concurrents internationaux. Les services de l’Etat doivent les aider à se protéger et à se développer dans le respect des règles françaises et européennes de la concurrence.

Dans ce cadre, l’orientation croissante de la DST vers la sensibilisation et le renseignement économique, où l’implication des chambres de commerce dans la création de portails et la fourniture d’informations ciblées sont exemplaires. Cette action s’inscrit dans le plan plus vaste du développement nécessaire de l’innovation fixé par le président de la République. président de la République.

Dix-huit mois pour convaincre les entreprises

Malgré les faibles moyens dont il dispose, Alain Juillet, discret par nature autant que par respect de sa fonction, commence à voir son travail connu et reconnu. En dix-huit mois, le changement est notable. Un décret d’application, attendu avant l’été, permettra aux entreprises françaises des secteurs sensibles d’être moins vulnérables aux investisseurs étrangers.

Déjà existent les concepts d’intelligence territoriale et de fonds d’investissement pour encourager et développer le patrimoine industriel stratégique. Des hommes chargés de l’intelligence économique ont été nommés dans les ministères.

Alain Juillet estime que l’IE constitue « une réponse culturelle et opérationnelle aux problématiques posées par la mondialisation et la société de l’information » . A ce titre, elle a pour triple objectif d’optimiser la compétitivité du tissu industriel, la sécurité de l’économie et de ses acteurs, et le renforcement de leur influence.

Bref, avec Alain Juillet, l’IE impose ses nouveaux contours. Ces nouveaux territoires apportent des concepts complémentaires comme la gestion des connaissances et la business intelligence, la cybercriminalité, le renseignement et la sécurité économique.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :