lundi 16 octobre 2017

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Irak  : les Américains mettent en déroute al-Qaida

Georges Malbrunot, le Figaro

mardi 12 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Chassée de Bagdad et d’al-Anbar, la mouvance terroriste s’est réfugiée plus au nord à Mossoul, où l’armée américaine menace de lancer un assaut contre les affiliés de Ben Laden, en déroute.

D’un côté du tigre, al-Qaida et ses tueurs. De l’autre, leurs rivaux islamo-nationalistes de la guérilla. Entre les deux, une population prisonnière de la violence, qui amasse de la nourriture. « Mossoul est coupée en deux, regrette Mohammed, un de ses habitants, joint au téléphone. et même si al-Qaida va être vaincue par les troupes américaines déployées autour de la ville, les djihadistes fuiront une fois encore vers d’autres régions. »

Claironné par le gouvernement irakien, le chant du cygne de la mouvance terroriste semble encore prématuré, même si hier, à Bagdad, Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, affirmait qu’al-Qaida avait été mis « en déroute » . Sur place, ses généraux restent prudents, après les deux attentats à la voiture piégée qui ont tué hier encore 20 personnes dans la capitale. Depuis des mois, pourtant, al-Qaida est sur la défensive. Les terroristes, qui ont perdu le soutien de la population, sont en guerre ouverte contre des factions de l’insurrection et la plupart des tribus. Sauf à Mossoul, où al-Qaida joue des divisions tribales pour empêcher la formation d’une branche du Réveil des tribus, ce front qui permet aux Américains de remporter des succès contre les djihadistes. Après avoir été chassés de Bagdad et de leur bastion d’al-Anbar, ceux-ci cherchent à se sanctuariser dans la grande ville du nord de l’Irak, non loin de la frontière syrienne, principal point de passage des combattants étrangers rejoignant al-Qaida. Or de là, les forces de sécurité irakiennes ont du mal à surveiller ces routes qui mènent vers la Syrie dans la région de Rabi’ah, fief de la tribu Chamar, accusée de collaborer avec al-Qaida. Parallèlement à sa migration vers le nord, al-Qaida a changé de tactique : aux attentats de grande envergure contre des civils ont succédé des attaques suicides plus ciblées, visant les forces de sécurité ou les milices sunnites alliées à l’armée américaine. Reflet des divisions entre la direction en Afghanistan et sa branche irakienne. Conséquence également des appels lancés par Oussama Ben Laden. À deux reprises ces derniers mois, l’homme le plus recherché au monde a exhorté à la vengeance contre « les traîtres alliés des Américains ». Mais pour la première fois, Ben Laden a dû reconnaître que ses affiliés irakiens avaient commis des « erreurs » en massacrant des civils, sous prétexte qu’ils portaient un jean ou n’avaient pas la barbe correctement taillée.

Tarissement des filières de recrutement

« Ben Laden lance un cri d’alarme, assure cheikh Abdellatif Omaim, de Faloudja. Il est conscient qu’al-Qaida a tout perdu. Des Irakiens n’ont adhéré à al-Qaida que parce qu’ils ont eu besoin d’argent et qu’ils voulaient se venger des milices chiites soutenues par l’Iran qui assassinaient des sunnites. » Mais aujourd’hui, al-Qaida recule un peu partout face aux assauts des tribus. « Un grand nombre de ses partisans rejoignent les groupes nationalistes, se félicite cheikh Omaim, ils se sont rendu compte que l’agenda djihadiste n’était pas irakien. » D’autres fuient avec de l’argent en Syrie, en Arabie saoudite et au Qatar, selon des responsables américains. Al-Qaida est désormais confronté à « une crise extraordinaire », reconnaît même un de ses « émirs » dans des documents saisis par l’armée américaine lors d’un récent raid. Et Abou Tarek de se plaindre de ne plus être à la tête que d’« une vingtaine d’hommes », au lieu de 600 auparavant.

Le commandement reste majoritairement composé d’étrangers (quelques centaines pas plus), ceux-là mêmes qui se terrent à Mossoul ou dans la province mixte plus au sud de Diyala. Parmi eux, des criminels, comme ce Saoudien auquel manquaient trois doigts, après qu’il eut été châtié dans son pays : l’ancien bandit était devenu l’émir de Samara. La mouvance terroriste souffre également du tarissement des filières de recrutement. « Les Syriens ont réduit les entrées de djihadistes en Irak de 50 % », affirme un dirigeant jordanien. Parallèlement, les arrestations de cadres se sont intensifiées : 51 en décembre, dont huit émirs de régions, qui finissent par parler au cours d’interrogatoires musclés.

« Al-Qaida en Irak, ce n’est pas seulement un État virtuel », prévient cependant un spécialiste antiterroriste français. Ils ont réussi à monter une bonne structure de communication sur la Toile qu’ils vont tenter de reproduire en Afghanistan, et de Mossoul, ils vont se redéployer au Liban, plongé dans le chaos. » Acculée, al-Qaida pourrait d’ici là commettre un spectaculaire attentat chimique ou au moyen d’avions sans pilote bourrés d’explosifs.

Des soldats américains patrouillent dans la banlieue, redevenue calme, de Bagdad. En quelques mois, al-Qaida a remplacé ses attentats d’envergure contre des civils par des attaques visant les forces de sécurité. Crédits photo : AFP


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