jeudi 19 octobre 2017

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McConnell met une mauvaise note à la Russie

Andreï Fediachine, RIA Novosti

mercredi 13 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Le gaz, le pétrole, les gazoducs, les pipelines et les investissements en Europe et en Asie semblent aujourd’hui occuper la première place dans la liste des péchés capitaux de la Russie, péchés qui, sans rémission ni reprise en main, sont en mesure de causer ensemble ou séparément un préjudice à la sécurité nationale des Etats-Unis. Ils sont tous énumérés dans le rapport annuel récemment présenté au Congrès par le directeur du renseignement américain Mike McConnell. La composante militaire de la probable menace russe n’a assurément pas disparu, mais est évoquée non sans une certaine gêne par le gonflement incessant des muscles militaires américains, le tout, bien évidemment, sur fond de réduction des muscles russes : "la machine de guerre russe a commencé à émerger d’une longue période de détérioration de ses capacités qui avait débuté avant même la chute de l’Union soviétique". Mais le "tsar du renseignement", ainsi surnomme-t-on aux Etats-Unis le fameux Director of National Intelligence, conseille de mettre l’accent sur la "puissance économique croissante" de Moscou en tant qu’objet "d’inquiétude".

D’ailleurs, il convient de souligner que le mot "menace" (envers les Etats-Unis) n’est nullement employé dans le rapport en ce qui concerne la Russie. Une lecture attentive du rapport de Mike McConnell permettra aisément de conclure qu’il n’est ni effrayant, ni sensationnel, et qu’il ne contient rien de nouveau. En tout cas, s’agissant de Moscou. Dans le rapport analogue de l’année dernière, la Russie avait été bien plus sévèrement blâmée.

C’est pourquoi, en réponse à la demande des journalistes russes de commenter ce rapport, le Kremlin a eu raison d’affirmer qu’il ne fallait pas dramatiser, bien que le document suscite tout de même quelques questions. Finalement, les accusations américaines selon lesquelles la Russie "occupe des positions de contrôle dans les réseaux de livraison et les artères de transport d’hydrocarbures, de l’Europe à l’Asie de l’Est", et "tente de contrôler de façon agressive les corridors énergétiques Est-Ouest" ne datent pas d’hier, ni d’avant-hier. On peut difficilement interpréter comme une attaque les paroles de Mike McConnell qui affirme éprouver "des appréhensions quant au fait que la Russie, la Chine et l’OPEP utilisent... des leviers financiers en vue d’atteindre leurs objectifs politiques". Il en va de même de son appel à se préoccuper de "l’accroissement des investissements russes à l’étranger". Investissements qui se font essentiellement, bien entendu, en Europe et en Chine, avec une préférence marquée pour le secteur énergétique. En fin de compte, il n’y a là rien de vraiment nouveau, rien qui n’ait déjà été fait depuis longtemps par les Etats-Unis eux-mêmes.

Dans aucun autre pays au monde, les principaux ministères - du Département d’Etat au ministère de l’Agriculture en passant par le Pentagone - ne comptent un tel nombre de services et de structures ayant le devoir de promouvoir ou d’aider à promouvoir à l’étranger des produits et services américains, crédits, instruments financiers, la culture et le mode de vie des Etats-Unis, le Coca Cola, jusqu’aux voitures et machines à laver. Dans n’importe quel pays, du plus petit au plus puissant, les ambassadeurs et diplomates américains ne sont nullement embarrassés lorsqu’il s’agit de faire un croc-en-jambe à un concurrent direct des Etats-Unis dans le commerce ou les affaires. C’est presqu’un axiome de la diplomatie américaine. Quant au fait que la Russie soit mentionnée dans un rapport aux côtés de l’Iran, l’Irak, Pyongyang, Pékin et même le mal suprême représenté par Al-Qaïda, cela ne signifie nullement que l’on puisse les mettre tous sur le même plan. Dans les documents de ce type, les exagérations, voire même les dénaturations relèvent plus de la logique que du hasard. Il s’agit tout de même du renseignement et, comme l’a très justement souligné un certain Britannique, "là où commence un secret, une imposture n’est jamais très loin"...

Ce qui distingue effectivement ces "Evaluations" des précédentes, c’est qu’elles ont été rédigées une année où deux élections présidentielles ont lieu : aux Etats-Unis et en Russie. Il faut reconnaître que le vice-amiral Mike McConnell avait devant lui une tâche difficile. Son département, directement issu des événements tragiques de septembre 2001, doit coordonner l’activité d’une quinzaine d’organes de renseignement américains : la CIA, le FBI, l’Agence de sécurité nationale, les services de l’US Air Force, l’US Navy et l’US Army, ainsi que le renseignement de la Garde côtière, du département de l’Energie, etc. Il lui a fallu accomplir un travail titanesque en vue de ramener à un dénominateur commun les évaluations et avis de chacun de ces départements qui non seulement sont incompatibles, mais de surcroît se détestent les uns les autres. Le prédécesseur de Mike McConnell, John Negroponte, premier nommé à ce poste institué en 2005, avait tenu deux ans avant d’être renvoyé d’où il était venu par le président George W. Bush, à savoir au département d’Etat.

Le travail de Mike McConnell était, pour l’essentiel, politique et n’a rien à voir avec d’authentiques secrets. Il aurait fallu être bien naïf pour s’attendre à ce que des secrets puissent être révélés lors des auditions au cours desquelles a été présenté son rapport. Mais, si l’on tient compte du fait que les Américains n’ont jamais brillé par leur élégance en matière de propagande, ces auditions des chefs des départements du renseignement sont probablement une avancée en la matière.

Ces rapports ne sont rien d’autre qu’un instrument de la politique étrangère enveloppé dans le "voile d’un secret presque révélé". En réalité, toutes les thèses, "inquiétudes" et "alarmes" ne sont pas de ces révélations que s’échangent les services d’espionnage, mais plutôt un rappel de ce que les Etats-Unis voudraient voir, et de ce qu’ils ne veulent pas accepter. Cela s’avère très utile en tant que point de repère.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.


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