mercredi 13 décembre 2017

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La levée du secret-défense réclamée dans l’affaire de la mort d’un agent de la DGSE

Paul Barelli, le Monde

mercredi 13 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Vingt-cinq ans après la mort de Bernard Nut, lieutenant-colonel de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), près de Nice, le 15 février 1983, son fils demande au ministre de la défense et au directeur de la DGSE de lever le secret-défense. Bruno Nut, 46 ans, avoué à Paris, interpelle les services secrets pour qu’ils "dévoilent enfin la vérité".

Le 1er juillet 1992, l’instruction ouverte à Nice pour "crime d’assassinat par préméditation ou guet-apens" a été refermée par une ordonnance de non-lieu. Le procureur de Nice, Eric de Montgolfier, estime la réouverture du dossier difficile, "même avec des éléments nouveaux, dans la mesure ou, passés dix ans, les faits sont prescrits. Sauf à considérer que le secret-défense a interrompu le cours de la prescription".

Bruno Nut est convaincu que son père a été tué lors d’une mission sensible : "Si la DGSE persiste à masquer la vérité, je serais tenté de penser que des personnes du service, ou liées à lui, sont mêlées à la mort de mon père."

Le 15 février 1983, à 7 h 55, sur une aire de stationnement de la nationale 202, deux employés découvrent, près de Rigaud (Alpes-Maritimes), le cadavre de Bernard Nut, 47 ans, chef à Nice du poste métropolitain de recherche de la DGSE, secteur Sud-Est. Son corps repose face contre le sol perpendiculairement à une Peugeot 305, les pieds à 15 cm de la roue avant droite. "La tête, constatent les gendarmes, présente un fracas de la boîte crânienne, un revolver 357 Magnum Smith & Wesson se trouve à 70 cm de la roue antérieure gauche, à 2,20 m des pieds." L’arme contient trois douilles percutées. Le contact et l’autoradio de la voiture sont allumés, le réservoir est vide.

Bruno Nut déplore que la DGSE ait orienté les recherches vers le suicide : "Les magistrats, explique-t-il au Monde, n’ont pas pu faire pleinement leur travail car l’enquête a été noyautée par certains membres du service de sécurité de la DGSE qui ont laissé filtrer des éléments accréditant la thèse du suicide." Des renseignements concernant la vie privée de Bernard Nut ont été "fournis" par les services secrets. En 1992, telle était la conviction de la juge : "L’entourage professionnel de l’agent a orienté ses témoignages vers le suicide." La DGSE avait toutefois indiqué, en décembre 1985, sous la plume de son directeur, le général René Imbot : "Le décès peut être lié à l’exercice de ses fonctions."

Une enquête de la direction de la surveillance du territoire (DST) a conforté Bruno Nut. Le commissaire Bernard Aufan, qui dirigeait les investigations en mars 1984, avait noué avec l’agent secret des relations professionnelles. Il assure au Monde que cet "officier solide" semblait préoccupé, quelques jours avant sa mort : "Il était sur une mission importante liée au Proche-Orient. Il m’avait demandé de lui fournir des moyens techniques qui préfiguraient une rencontre potentiellement dangereuse." Bernard Nut souhaitait se procurer un étui de revolver pouvant être placé sous la colonne de direction de sa voiture.

Un autre témoignage accrédite cette version. Le colonel Oleg Ionnikoff, officier retraité, a raconté à la DST, en 1985, une visite de Bernard Nut, quatre jours avant sa mort. Il avait indiqué qu’il était sur "une grosse affaire qui allait faire du bruit". Bernard Nut a-t-il été "exécuté par un individu qu’il connaissait" comme le pense un ancien agent ? Vingt-cinq ans après, ce collègue murmure : "Vous ne saurez jamais la vérité."

Le siège de la DGSE à Paris, le 29 juin 1989. - AFP/MICHEL CLEMENT


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