mardi 12 décembre 2017

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Le satellite qui en savait trop

Rémi Duchemin, leJDD.fr

vendredi 15 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Les Etats-Unis ont annoncé jeudi qu’ils procéderaient très prochainement à la destruction par missile du satellite espion qu’ils ne parviennent plus à contrôler depuis décembre 2007. Une décision motivée selon les militaires américains par le risque de pollution mortelle sur Terre, mais qui pourrait avoir d’autres motivations, plus stratégiques qu’écologiques

Aux Etats-Unis, on aime les solutions spectaculaires et radicales. George W. Bush en a donné une nouvelle illustration jeudi, en décidant, en accord avec l’état-major du Pentagone, de détruire à coup de missile le satellite espion en perdition qui menace de s’écraser sur terre, avec un danger réel ou supposé de pollution. Une décision digne d’un "blockbuster" hollywoodien mais bien sérieuse, annoncée vendredi au Pentagone par le général James Cartwright, vice-président de l’état-major. Selon lui, la fenêtre de tir s’ouvrira dans trois ou quatre jours, et se fermera dans sept ou huit. La destruction du module, par un missile tiré depuis un navire de guerre de l’US Navy, est donc imminente.

Il faut dire que le temps presse. Selon les scientifiques américains, sans intervention, le satellite incontrôlable, d’un poids de 2,3 tonnes, pourrait s’écraser sur terre au début du mois de mars. Or, les réservoirs de l’engin d’espionnage sont plein de 500 kilos d’hydrazine, un carburant toxique qui attaque le système nerveux et peut s’avérer mortel en cas d’inhalation trop importante. Entier, le satellite pourrait résister à l’entrée dans l’atmosphère, et le nuage toxique qui s’en dégagerait pourrait atteindre la taille de deux terrains de football. L’objectif et donc d’atteindre le module avant son entrée dans l’atmosphère, et de compter sur la chaleur pour faire fondre les plus petits débris et détruire le gaz toxique.

Un risque de pollution spatiale

Pour autant, une telle issue était-elle indispensable ? "La solution appropriée aurait plutôt été de le laisser naturellement retomber", répond Fernand Alby, responsable des secteurs débris spatiaux et surveillance de l’espace au Cnes (Centre national d’études spatiales). "La chute d’objet d’une telle taille est relativement fréquente, et l’entrée dans l’atmosphère aurait sans doute suffi à disloquer l’engin et à détruire l’hydrazine, qui est un produit très instable et supporte mal les hautes températures." La destruction aurait donc d’autres motivations. Même si le Pentagone s’est empressé de démentir, il semblerait que les Etats-Unis craignent que certaines composantes ultrasecrètes de l’engin, envoyé dans l’espace en décembre 2007, donc flambant neuf, ne tombe dans les mains de nations pas forcément amicales.

Il y aurait aussi la volonté de réaffirmer la puissance américaine en termes de capacité militaire, mais aussi de conquête spatiale. Les Etats-Unis voient en effet d’un mauvais oeil la montée en puissance de la Chine. L’Empire du Milieu avait d’ailleurs procédé à un tir de missile du même type en janvier 2007 pour détruire un satellite météo. Difficile donc de ne pas voir dans la décision de George W. Bush une réponse à destination de Pékin. Une compétition qui pourrait s’avérer préjudiciable pour les prochains vols spatiaux, en raison des débris laissés par ces explosions. "Même si le satellite américain devrait être détruit à orbite basse, et que par conséquent la plupart des débris devraient être détruits par l’atmosphère, il faut éviter ce genre d’opérations à l’avenir, affirme Ferdinand Alby. C’est une habitude à ne pas prendre."A titre d’exemple, le satellite chinois détruit à l’orbite haute de 850 kilomètres, a laissé la bagatelle de 150 000 débris gravitant autour de la Terre. Pour plusieurs siècles...


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