mercredi 18 octobre 2017

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Banques suisses assises sur une mine

Gaëlle Cajeux, le Matin

mardi 19 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Les établissements bancaires de notre pays prient pour éviter ce qui serait une catastrophe : la vente d’infos sur leurs comptes secrets

Les banques suisses doivent-elles commencer à trembler ? La semaine dernière, l’Allemagne portait un terrible coup au secret bancaire, en achetant, pour 5 millions d’euros, les données confidentielles d’une banque liechtensteinoise à un informateur. Des renseignements obtenus illégalement, qui ont permis aux enquêteurs de lancer une véritable chasse aux sorcières contre les riches citoyens allemands adeptes de l’évasion fiscale.

Selon le Ministère des finances, des centaines de personnalités, « connues et inconnues », devraient être dénoncées publiquement ces prochains jours pour avoir « voulu se soustraire à leur devoir de solidarité via l’impôt » en exilant leurs biens sur des comptes au Liechtenstein. Ainsi, neuf cents ordonnances de perquisitions ont été délivrées contre près de sept cents suspectées d’avoir escamoté pour un montant total de 3,4 milliards d’euros !

Délation encouragée

Première victime : le très influent patron de la Deutsche Post, Klaus Zumwinkel. Vendredi, au lendemain d’une spectaculaire perquisition, celui qui est soupçonné d’avoir soustrait un million d’euros à l’administration fiscale a annoncé sa démission.

Ce scandale va-t-il toucher la Suisse ? De manière directe, notre pays semble épargné. « Il faudrait que les fondations du Liechtenstein, où les fraudeurs ont placé leur argent, aient ouvert des comptes en Suisse », expliquait hier sur la TSR l’avocat Thomas Müller. Une situation qu’il estime peu vraisemblable.

Il n’empêche : les Verts allemands semblent bien décidés à régler son compte au secret bancaire - qu’il soit liechtensteinois ou suisse - une pratique qu’ils qualifient de « détroussage moderne ». Et exigent de leur chancelière, Angela Merkel, qu’elle règle une fois pour toutes le problème.

De quoi jeter encore de l’huile sur le feu d’un dossier déjà bouillant entre la Suisse et l’Union européenne. D’autant qu’en déboursant une véritable fortune pour obtenir des données classées top secret, l’Allemagne encourage la délation. Désormais, pour les employés indélicats, le marché de l’ultraconfidentiel est ouvert. Et quel marché ! Le fait que 3,4 milliards d’euros aient pu fuir dans un seul institut liechtensteinois (la banque LGT) permet de deviner que des sommes colossales pourraient dormir dans le secret des banques suisses.

Alors, celles-ci frissonnent-elles devant la fuite potentielle de leurs dossiers secrets ? Aucun des établissements financiers contactés hier par « Le Matin » n’a voulu se prononcer, de peur que le nom de leur société soit associé au scandale allemand. Seules les organisations faîtières s’y sont osées. A l’instar de l’Association suisse des banquiers privés, par la voix de son secrétaire général, Michel Dérobert. Qui tempère : « On peut effectivement se demander si nous avons les moyens de défendre nos clients. Je pense que oui, car nous avons un secret bancaire fort qui s’applique aux employés des banques. Ils sont censés faire preuve de discrétion... »

« Mais, dans une entreprise, on ne peut jamais être sûr que tout le monde est honnête », remarque tout de même Thomas Sutter, porte-parole de l’Association suisse des banquiers. Ce à quoi Michel Dérobert répond : « C’est aux banques suisses de savoir choisir des collaborateurs intègres, d’engager les bonnes personnes. »

Si les deux hommes refusent de s’alarmer face à cette situation, ils ne cachent pas que le risque de « pillage d’informations » dans les établissements bancaires helvétiques est réel. Pour vérifier les comptes de leurs grosses fortunes, d’autres pays pourraient en effet s’inspirer de la méthode allemande.

Mais Michel Dérobert précise toutefois : « Que l’on utilise des moyens propres au contre-espionnage, à la lutte contre le terrorisme, pour s’en prendre à des délits fiscaux, ce n’est pas très courant. Ce sont des mesures plutôt spéciales et assez inhabituelles. »

Comment permettre à l’argent de s’évader

En cachant ses billets à la frontière Le plus simple, c’est d’embarquer sa fortune et de la déposer dans une banque étrangère. Mais l’opération est risquée. Les citoyens allemands sont tenus de déclarer l’exportation de toute somme supérieure à 10 000 euros. Fin janvier, un couple s’est fait attraper avec 165 000 euros (280 000 fr.) cachés dans une chaussette. Un exemple parmi de nombreux autres. Selon des experts, des organismes bancaires allemands s’occuperaient eux-mêmes de ce genre d’opérations.

A l’aide d’une banque complice Le client verse une somme sur le compte d’un institut de crédit allemand qui la transfère à l’étranger. Ce n’est que là-bas que cette somme atterrit de nouveau sur le compte au nom du client. « Des millions transitent chaque jour ainsi », affirmait dimanche un expert cité par Bild am Sonntag.

En créant une fondation Celui qui ne veut pas déclarer ses gains crée une fondation tenue par un agent d’affaires au Liechtenstein. Le vrai propriétaire de l’argent reste ainsi anonyme.


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