mercredi 13 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Clearstream : fin d’une enquête qui a ébranlé le plus haut sommet de (...)

Clearstream : fin d’une enquête qui a ébranlé le plus haut sommet de l’Etat

AP

vendredi 22 février 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Corbeau, faux listing, maître-espion, notes secrètes, Premier ministre... L’affaire Clearstream, débutée dans la torpeur automnale de 2004 comporte tous les ingrédients d’un roman d’espionnage. Sa première phase judiciaire a pris fin vendredi après trois ans et demi d’une enquête ponctuée de nombreux rebondissements, de mises en cause des plus hauts responsables de l’Etat et la mise en examen d’un ancien Premier ministre, Dominique de Villepin.

Ce dernier est suspecté d’avoir organisé une manipulation politique visant à discréditer ses adversaires au premier rang desquels Nicolas Sarkozy qui se positionnait pour la course à l’Elysée. Il aurait eu recours à des fichiers falsifiés de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream afin de dénoncer à la justice l’existence de comptes, alimentés par des pots-de-vin, au nom de plusieurs personnalités du monde politique. Des faits qu’il a toujours démenti.

Au départ de ce qui allait devenir une affaire d’Etat, la plainte pour "dénonciation calomnieuse" d’un industriel de l’aéronautique placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête... sur des pots-de-vin lors de la vente de frégates à Taïwan en 1991.

En mai et juin 2004, le juge Renaud van Ruymbeke, en charge de l’enquête sur les éventuelles rétro-commissions, reçoit "anonymement" des listings de personnes qui posséderaient des comptes chez Clearstream sur lesquels auraient transité des rétro-commissions de l’affaire des frégates.

Parmi les personnes visées, des membres des services de renseignement, des industriels et politiques, dont Dominique Strauss-Kahn, ou Nicolas Sarkozy désigné par les noms de Paul de Nagy et Stéphane Bocsa. Son patronyme complet est Nicolas, Paul, Stéphane Sarkozy de Nagy-Bocsa. Au terme d’investigations qui dureront un peu plus d’un an, le juge Van Ruymbeke démontre la fausseté des accusations.

L’information judiciaire ouverte en septembre 2004 pour "dénonciation calomnieuse" est confiée au juge Jean-Marie d’Huy qui se verra ensuite épaulé par Henri Pons. Nicolas Sarkozy, qui va se constituer partie civile dans ce dossier en janvier 2006, accuse à demi-mot Dominique de Villepin d’être l’instigateur d’une manipulation visant à le discréditer et aurait affirmé vouloir "pendre à un croc de boucher" son ou ses auteurs.

L’enquête s’accélère quelques semaines plus tard. Perquisitions au groupe aéronautique EADS, au domicile d’un ancien homme clé du renseignement français, le général Philippe Rondot, au Secrétariat général de la Défense nationale, à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

En juin 2006, l’ancien haut responsable d’EADS, Jean-Louis Gergorin, depuis longtemps soupçonné d’être le "corbeau", reconnaît avoir remis au juge Van Ruymbeke les listings Clearstream. Il est mis en examen notamment pour "dénonciation calomnieuse". Une semaine plus tard, Imad Lahoud, informaticien ayant travaillé pour EADS, est également poursuivi dans cette affaire.

Il est soupçonné d’avoir trafiqué les listings qu’il a récupéré auprès du journaliste Denis Robert, lui-même les tenant de Florian Bourges, ce dernier ayant participé à un audit de Clearstream.

L’enquête des juges va se concentrer alors sur le rôle et le degré de connaissance dans cette affaire de Dominique de Villepin, devenu Premier ministre. Interrogé comme témoin en décembre 2006, il explique avoir demandé deux enquêtes : l’une en janvier 2004 en tant que ministre des Affaires étrangères, confiée au général Rondot, après que M. Gergorin lui eut montré les listings quelques jours plus tôt et l’autre à la DST, six mois plus tard, lors de son passage place Beauvau. Tout a été fait, avait-il assuré, dans le cadre de ses fonctions ministérielles.

Quelques mois plus tard, et quelques expertises informatiques en plus, Jean-Louis Gergorin confirme aux juges la teneur de notes du général à la retraite, en date de mai 2004, et retrouvées par un expert dans l’ordinateur du militaire fin juin 2007. M. Gergorin reconnaît que c’est à la demande de M. De Villepin, lui-même agissant sur instruction du président Jacques Chirac, qu’il a remis au juge Van Ruymbeke les listings Clearstream.

Le 27 juillet, l’ancien Premier ministre est mis en examen pour "complicité de dénonciation calomnieuse", "complicité d’usage de faux", "recel de vol" et "recel d’abus de confiance", son contrôle judiciaire lui interdisant de rencontrer Jacques Chirac.

Ces dernières semaines, les juges ont procédé à quelques perquisitions, dont une au bureau de l’ancien patron des RG, Yves Bertrand.

Les différents protagonistes de ce dossier, mis en examen et parties civiles, ont trois mois pour demander des actes d’instruction complémentaire auxquels les juges peuvent, ou non, donner droit. Le parquet devra ensuite prendre ses réquisitions écrites de renvoi des prévenus devant le tribunal correctionnel. Ou de non-lieu.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :