vendredi 15 décembre 2017

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Comment l’Iran cache ses secrets nucléaires à l’AIEA

Maurin Picard, le Figaro

vendredi 22 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Le directeur de l’agence de l’ONU, Mohammed ElBaradei, publie aujourd’hui son rapport qui est déjà contesté par les pays occidentaux.

Le soir tombe sur Téhéran. À l’issue d’une nouvelle journée d’inspection en cet hiver 2004-2005, le Belge Chris Charlier, confortablement assis dans un fauteuil du Grand Hôtel, relate, amusé, une anecdote sur ses démêlés avec les autorités. Un an auparavant, son équipe d’enquêteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) faisait le « forcing » pour accéder au site de Lavizan-Shian, un centre de recherche situé dans la proche banlieue sud-est de la capitale iranienne.

En vain. Le site restera portes closes durant deux mois. Lorsque le feu vert leur est donné, les hommes de Charlier ont la surprise de leur vie : « Tous les bâtiments avaient été démontés, et la terre avait été retournée [sur 4 m de profondeur] ». Mais les limiers de l’ONU s’entêtent. Les prélèvements opérés à même le sol fraîchement creusé révèlent des traces d’uranium hautement enrichi (UHE), à plus de 20 %. Pour l’AIEA, il s’agit d’une preuve d’activité proliférante, même si l’objet du délit des centrifugeuses hautement perfectionnées , reste introuvable. Ces centrifugeuses que Téhéran nia toujours posséder jusqu’à l’aveu de leur existence par le président Mahmoud Ahmadinejad en 2006.

La mésaventure de Lavizan-Shian n’est pas un cas unique. En ce printemps 2004, les hommes de Charlier s’intéressent également à un site de stockage situé dans la banlieue de Téhéran, propriété de la Kalaye Electric Company. Devant cette ancienne fabrique horlogère, ils vont battre le pavé pendant des mois. Lorsque les portes de l’entrepôt finissent par s’ouvrir, là encore, c’est la stupeur. « Tout avait été refait à neuf, confie Chris Charlier. Cela sentait même la peinture fraîche. Il est évident qu’ils avaient quelque chose à cacher. »

Programme parallèle

Les analyses effectuées par l’AIEA dans son laboratoire sécurisé, le « clean lab » de Seibersdorf révéleront partiellement les secrets de Lavizan et Kalaye : des traces d’uranium hautement enrichi à 36 et 54 %. Alors qu’un taux de 5 % suffit largement pour alimenter en combustible un réacteur civil.

Depuis ces découvertes, le temps a passé, les rapports d’étape de l’AIEA se sont multipliés, chacun amenant son lot de nouvelles découvertes intrigantes et de frustrations, toujours en l’absence de la preuve irréfutable d’un programme nucléaire militaire.

Et pourtant, au fil des années, tous les experts et diplomates proches de l’enquête ont acquis « l’intime conviction », selon les paroles d’un haut représentant occidental en poste à Téhéran, que l’Iran voulait l’arme nucléaire, et œuvrait en ce sens.

Un commencement de preuve ? Dans l’écheveau complexe du pouvoir iranien, le fameux site de Lavizan était le siège du centre de recherche de physique appliquée, dit PHRC. Or ce PHRC dépendait du ministère de la Défense, et non de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), comme on eût pu l’imaginer. Que diable les militaires iraniens pouvaient-ils bien soustraire au regard de leur propre autorité nucléaire ?

Il est possible que l’apparition des inspecteurs de l’AIEA dans le paysage, en 2003, ait un temps désorganisé les activités de ce programme nucléaire parallèle. Ce qui aurait permis à l’AIEA de mettre la main par hasard sur des plans compromettants, relatifs à l’existence d’un mystérieux projet « Green Salt », conduit par le PHRC, lui encore, et regroupant les différentes expériences entamées pour produire une arme nucléaire, depuis la production de son combustible jusqu’aux dispositifs de mise à feu, en passant par la conception de demi-sphères d’uranium métal, recouvrant l’ogive proprement dite. Était-ce là le secret de Kalaye et Lavizan ? Leur contenu escamoté au nez et à la barbe des inspecteurs de l’AIEA a disparu des écrans radar. Leur destination reste inconnue à ce jour.


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