dimanche 22 octobre 2017

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Washington suspecté de tester la guerre des étoiles

Arnaud de La Grange, le Figaro

vendredi 22 février 2008, sélectionné par Spyworld

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La Chine a critiqué jeudi la destruction par les États-Unis d’un satellite espion devenu rebelle.

C’est étonnant ce qu’il y a comme satellites défectueux à transformer en cible militaire ces derniers temps… Un an après la destruction dans l’espace d’un satellite météo avarié par Pékin, le Pentagone a pulvérisé jeudi un de ses satellites espions devenu rebelle.

L’opération, selon le Pentagone, a été couronnée de succès. L’« œil » artificiel du National Reconnaissance Office (NRO, l’agence qui pilote les satellites espions) a été détruit au-dessus de l’océan Pacifique, à une altitude de 247 kilomètres. L’arme qui a frappé est un missile SM-3, tiré par un croiseur de la classe Aegis. Un dispositif naval au cœur de la si controversée défense antimissile américaine. Le satellite aurait été réduit « en morceaux de la taille d’un ballon de football ». Une image rassurante, d’autant que la précédente comparaison empruntée au même registre sportif l’était moins : le numéro deux du Conseil de sécurité national américain avait auparavant averti que le combustible du satellite pouvait causer des risques mortels sur une surface équivalente à deux terrains de football. Ses réservoirs étaient en effet remplis de quelque 450 kg d’hydrazine, une substance hautement toxique.

Le général James Cartwright, chef d’état-major interarmées adjoint, a déclaré jeudi qu’il existe un « haut degré de certitude » que le réservoir menaçant ait été détruit, sans pouvoir « encore l’affirmer de manière certaine ».

Pékin a immédiatement réagi, exigeant des informations sur les risques encourus par les autres utilisateurs de l’espace. « La Chine suit de près les possibles dommages à la sécurité de l’espace et des pays concernés, créés par l’action américaine », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Jinchao. Retour du berger à la bergère. Quand les Chinois avaient détruit leur vieux satellite en janvier 2007, Washington avait dénoncé les risques que les débris allaient faire courir pendant des années aux satellites commerciaux. Aujourd’hui, les Américains font valoir que leur satellite était à une altitude bien inférieure à celui de Pékin (250 km contre 950) et que les risques sont donc plus limités. « Tous les débris vont se consumer à leur entrée dans l’atmosphère dans les vingt-quatre à quarante-huit heures et les débris restants devraient rentrer dans l’atmosphère dans les quarante jours », a affirmé jeudi le Pentagone. En faisant aussi remarquer que, à la différence de Pékin, les Américains avaient annoncé ce tir préalablement.

« Domination spatiale »

La Chine, comme d’ailleurs d’autres observateurs, soupçonne Washington d’avoir voulu faire un test en vraie grandeur de « guerre des étoiles ». Faute de pouvoir être ramené à la raison, le satellite espion devenu incontrôlable peu de temps après son lancement fin 2006 avait sans doute besoin d’être réduit en poussière. Il n’en reste pas moins que le succès du tir est opportun.

Sur le plan international, il envoie un signal sur la détermination des États-Unis à appliquer la doctrine de « domination spatiale », avalisée par George Bush en 2006. Sur le versant national, ce tir vient justifier les énormes crédits accordés à la Missile Defense Agency (MDA) , quelque 10 milliards de dollars par an. En revanche, un échec aura it été fâcheux, à quelques mois de l’arrivée d’une nouvelle administration à la Maison-Blanche.

Nul doute que les deux débats, en partie liés, sur la défense antimissile et sur la militarisation de l’espace vont être dopés par ce nouveau développement. Après Pékin, puis Washington, on ne serait pas surpris d’apprendre dans les mois qui viennent que Moscou a dû à son tour annihiler un de ses satellites à la dérive…


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