mercredi 18 octobre 2017

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Police scientifique : quand la réalité dépasse « Les Experts »

Dominique Rizet et Richard Le Ny, le Figaro

samedi 23 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Succès sans frontières pour les séries TV, succès de terrain pour les enquêteurs de la police ou de la gendarmerie. La police scientifique participera bientôt à tous les types d’enquêtes, nous dit Michèle Alliot-Marie.

- INTERVIEW - Alliot-Marie : « Je veux donner à la police et à la gendarmerie un temps d’avance technologique sur les délinquants »

- L’affaire Cretello : la preuve par les diatomées

- L’affaire Flactif : la preuve par le sang

- L’affaire Dickinson : la preuve par l’ADN

- L’affaire Krauth : la preuve par la peinture

- L’affaire Pezin : la preuve par les ondes

De vrais experts « made in France », de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. De gauche à droite : le lieutenant Déborah Donadille, le capitaine Xavier Desbrosse, le lieutenant-colonel Jean-François Voillot, l’adjudant Christine Levant et le gendarme Christophe Villena. (Christophe Lepetit/Le Figaro Magazine) Crédits photo : Le Figaro Magazine

La police scientifique est en passe d’éclipser le commissaire Maigret et autres Hercule Poirot. Aujourd’hui, les nouveaux héros sont des policiers qui travaillent en blouse blanche, comme les « Experts » de Manhattan, de Miami et de Las Vegas, sans oublier les hommes du NCIS de la Navy. Ces séries télévisées rencontrent aux Etats-Unis un extraordinaire succès d’audience, clouant dans leurs fauteuils des dizaines de millions de téléspectateurs pendant des soirées entières. En France, les mêmes recettes donnent les mêmes résultats : l’épisode « Trop beaux pour mourir », de la série Les Experts : Miami, a été le premier carton d’audience de TF1 pour 2008 avec plus de 10 millions de téléspectateurs passionnés. Pour continuer à exploiter le filon, TF1 a d’ailleurs lancé R.I.S (recherche, investigation scientifique), une série d’« Experts » à la française.

La télévision éteinte, ces policiers d’un genre nouveau font l’objet des conversations en famille ou au bureau. Les jeunes ne jurent plus que par cette nouvelle science, dont beaucoup veulent désormais faire leur profession. Pas un Carrefour des métiers, organisé aujourd’hui dans les collèges et lycées, sans que les organisateurs n’aient tenté de décrocher la présence d’un spécialiste en « PTS » (police technique et scientifique) pour venir parler de son quotidien à des élèves fascinés. La recette du succès est une alchimie qui mêle science et justice, blouses blanches et robes noires, avec toujours une énigme - souvent un meurtre - à la clé. La dose d’intrigue et de mystère a son importance et, pour « faire plus vrai », l’idéal est de s’être inspiré de la réalité.

Or cette réalité dépasse sans cesse la fiction. Pour une raison simple : pour être efficace, la police technique et scientifique a besoin de secret et se doit de conserver un temps d’avance avant de dévoiler ses techniques nouvelles. En clair, ce que l’on nous montre à la télévision aujourd’hui est déjà largement dépassé derrière les binoculaires des vrais experts. Largement dépassé et pas toujours exact : voir dans un feuilleton un policier utiliser une lampe à rayons ultraviolets pour révéler des traces de sang est une inexactitude qui fait bondir les véritables experts et, en particulier, Philippe Espérença, le spécialiste français et international de cette technique : « Il s’agit en fait d’une réaction purement chimique qui réclame, au contraire, l’obscurité pour être visible. En aucun cas on n’utilise une lampe, même à ultraviolets. » Mais, comme il faut bien de la lumière pour filmer, le cinéma a contourné l’obstacle en utilisant ce « truc ». Autre inexactitude de ces fictions : le policier qui mène l’enquête de bout en bout, depuis les prélèvements sur le terrain jusqu’au microscope et autres éprouvettes. Dans la réalité, il y a celui qui prélève les indices sur la scène de crime, le TIC (technicien d’identification criminelle) et le scientifique qui, lui, travaille en laboratoire sur les échantillons. A chacun son travail.

En France, le terme « police scientifique » est purement générique. La police nationale possède sept laboratoires (le Service central des laboratoires, le Laboratoire de toxicologie de la préfecture de police et les Laboratoires de police scientifique - Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Paris), mais la gendarmerie nationale dispose également de ses propres laboratoires de police scientifique, regroupés au sein de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale), plus opérationnel puisque tout se déroule en un même lieu. Des structures privées existent également mais il s’agit de départements hautement spécifiques, spécialisés dans telle ou telle recherche, génétique ou radar géodésique, par exemple. Des structures privées de très haut niveau, comme ce laboratoire bordelais où le Pr Christian Doutremepuich vient de réaliser une première mondiale en montrant qu’une cellule, une seule, pouvait permettre l’identification d’un individu.

Réservées jusqu’ici quasi exclusivement aux affaires criminelles, les techniques de la police scientifique entreront prochainement dans notre quotidien. C’est ce que nous explique le ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui dévoile (voir interview ci-contre) les axes et les modalités du plan de « police scientifique de masse » promis en début d’année.

Entre fiction et réalité, Le Figaro Magazine est allé analyser, à la loupe, quelques bottes secrètes des vrais experts de l’IRCGN.


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