jeudi 14 décembre 2017

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Le Maroc confronté à des terroristes venus de Belgique

Thierry Oberlé, le Figaro

mardi 26 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Un Belgo-Marocain, mis en cause dans des meurtres en Belgique à la fin des années 1980, dirigeait un réseau islamiste au Maroc.

Le démantèlement d’un ré-seau islamiste au Maroc pourrait lever le voile sur une série de meurtres politiques perpétrés à la fin des années 1980 en Belgique. Selon le ministre de l’Intérieur marocain, Chakib Benmoussa, Abdelkader Belliraj, 50 ans, le chef du groupe terroriste, mis hors d’état de nuire la semaine dernière, a commis six crimes au Benelux. Il est soupçonné d’avoir abattu Joseph Wibran, le président du comité de coordination des organisations juives de Belgique, assassiné devant l’hôpital où il travaillait, le 3 octobre 1989. Ce Belgo-Marocain aurait également éliminé, le 29 mars 1989, le recteur de la grande mosquée de Bruxelles et son adjoint, qui avaient contesté la fatwa de Khomeyni contre Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques. Quelques mois plus tard, un chauffeur égyptien de l’ambassade d’Arabie saoudite avait été tué après avoir été vraisemblablement confondu avec un diplomate.

Ces attaques avaient, à l’époque, été revendiquées par le groupe palestinien Abou Nidal depuis Beyrouth, via l’organisation clandestine Les soldats du droit. La piste d’agents du Hezbollah agissant pour le compte de l’Iran avait été abandonnée faute de preuves.

D’abord perplexes, les autorités belges ont décidé d’envoyer une équipe de policiers au Maroc pour vérifier les informations fournies par Rabat. L’interrogatoire d’Abdelkader Belliraj par les enquêteurs bruxellois devrait permettre de préciser son étrange itinéraire. Et surtout de comprendre comment il a pu passer aussi longtemps à travers les mailles du filet policier. Car le terroriste, qui a obtenu en 2000 la nationalité belge et vivait discrètement en famille dans une bourgade proche de Gand, est aussi un gangster. Il aurait évoqué devant les policiers marocains son rôle dans un vol de diamants en 2005 à l’aéroport de Bruxelles-National.

Abdelattif Bekhti, l’un de ses complices arrêté à Nador, a participé, en avril 2000, au braquage d’un fourgon de la Brink’s à l’aéroport de Luxembourg, qui avait rapporté 17,6 millions d’eu-ros. Condamné à vingt ans de prison, il avait réussi à s’évader en 2003. Une partie de la recette du hold-up aurait servi à financer les activités du réseau Bellijar dans le royaume chérifien. Les fonds étaient investis dans des opérations de blanchiment d’argent dans le secteur touristique. Des bijoux volés en Belgique étaient transformés en lingots d’or et écoulés au Maroc.

Selon le ministre Chakib Benmoussa, les terroristes projetaient de commettre des attentats à l’explosif et des assassinats contre des personnalités marocaines en vue, ministres, militaires, et des Juifs. De nombreuses armes utilisées par le grand banditisme ont été saisies et quelque trente-cinq suspects ont été arrêtés. Ils sont issus de toutes les classes sociales. Le ministre de l’Intérieur marocain est convaincu des « soubassements djihadistes du réseau ». Il souligne des liens avec al-Qaida au Maghreb (BAQMI) et le Groupe islamique combattant marocain (GICM).

Singulières connexions

Singulier de par ses origines, le réseau Belliraj étonne par ses connexions supposées avec des responsables islamistes modérés. Six cadres politiques issus de la mouvance islamiste légale ont en effet été placés sous les verrous. Parmi eux figure Mustapha Moatassim, le chef du parti al-Balil al-Hadari (Alternative civilisationnelle). Dissous mercredi, son mouvement avait peu de poids sur la scène politique. Il aurait, tout comme Belliraj, entretenu dans le passé des relations avec des milieux chiites iraniens ou proches du Hezbollah. Soit une filiation guère compatible avec al-Qaida et ses filiales.

Peu convaincue par ces arrestations, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) réclame la remise en liberté des responsables islamistes et con-damne l’interdiction de leur parti.


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