dimanche 10 décembre 2017

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Washington reconnaît l’"autonomie" et l’"indépendance" de la défense européenne

Laurent Zecchini, le Monde

vendredi 29 février 2008, sélectionné par Spyworld

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Est-on à quelques mois d’un "printemps" transatlantique ? Alors qu’à Paris un processus diplomatique se poursuit pour permettre à la France de reprendre "toute sa place" au sein de l’Alliance atlantique, Washington vient d’adresser un message très positif au gouvernement français pour lui indiquer que les Etats-Unis ont abandonné leurs préventions s’agissant de la montée en puissance de la défense européenne.

Or c’est là la principale exigence formulée par le président Nicolas Sarkozy pour envisager un retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN, que Paris a quittée en mars 1966.

Ce message a pris la forme d’une intervention de l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Alliance, Victoria Nuland, qui s’est exprimée à Paris et à Londres, vendredi 22 et lundi 25 février. En substance, les Etats-Unis reconnaissent que l’Europe doit pouvoir "agir de manière indépendante", en préservant son "autonomie" de décision.

Ce ton tranche nettement avec le discours antérieur des responsables américains qui insistaient systématiquement sur le risque d’une "duplication" entre les moyens existants de l’OTAN et les ambitions de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

"C’est un signal fort de la part de Washington, celui que nous attendions. C’est un écho positif aux propos que le président Sarkozy a tenus à Washington. Une telle ouverture rend obsolète la contestation du besoin d’autonomie opérationnelle de l’Union européenne (UE)", observe un responsable diplomatique français.

"SUJET CONTROVERSÉ"

Le fait que Mme Nuland se soit rendue à Londres pour répéter ce message est significatif : les avancées de la PESD souhaitées par Paris (en particulier un renforcement du rôle du Centre d’opérations de l’UE, et de celui de l’Agence européenne de défense) ont été jusqu’ici bridées par le Royaume-Uni. De façon allusive, la diplomate américaine a expliqué que, s’agissant de la planification des missions et de l’entraînement, "l’Europe a besoin d’un endroit où elle peut agir de façon indépendante".

Cette référence est interprétée par les diplomates français comme une approbation implicite du Centre d’opérations (naissant) de l’UE. "C’était le sujet le plus controversé. Il semble que les Américains aient enfin compris que nous n’avons pas l’intention de faire un Shape le quartier général de l’OTAN européen", note un diplomate français. "Les Britanniques ne pourront plus se retrancher derrière l’hostilité présumée des Américains pour refuser toute avancée de la PESD", se félicite un autre.

"Nous devons réfléchir, nous entraîner et agir ensemble, tout en préservant l’autonomie de chaque institution" l’OTAN et l’UE, a insisté Mme Nuland, qui s’est félicité que M. Sarkozy "se prépare à se servir de sa présidence de l’UE pour renforcer la contribution de l’Europe de la défense, puis à ramener la France dans une OTAN rénovée". "Avec un "moteur" français dans chacune des deux organisations, nous avons une chance de les rapprocher", a-t-elle conclu.

Washington s’est rendu compte que son "discours sur la non-duplication entre l’OTAN et l’UE avait eu pour résultat d’inciter la majorité des pays européens à ne pas dépenser d’argent pour leur défense, et à s’en remettre à l’OTAN, donc aux Etats-Unis, pour leur sécurité", observe un responsable militaire français, qui insiste cependant sur la fragilité de cet exercice diplomatique. "Nous sommes dans le temps politique, indique-t-il, les vraies négociations commenceront plus tard."


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