lundi 23 octobre 2017

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La recherche stratégique à la française pointée du doigt

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

mardi 4 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Le criminologue Alain Bauer propose une réorganisation pour échapper à l’emprise des États-Unis.

Quand Paris accepte de donner des informations aériennes au seul bénéfice de Washington et que cette obligation va jusqu’à la livraison de listes de passagers mangeant halal, est-ce bon ou mauvais pour la France ? Comment aider au mieux l’échelon politique à déceler ce qui constitue ou peut constituer à terme un réel danger ? La recherche stratégique se réforme dans un rapport remis aujourd’hui au président de la République.

En une quarantaine de pages agrémentées de fiches et d’organigrammes, la mission conduite par le criminologue Alain Bauer dessine les contours de ce que devraient être les relations entre les divers organismes publics et privés chargés d’éclairer la Défense ou la Sécurité nationale.

L’Élysée avait réclamé un travail sans tabou. Il pourrait servir de base à la création d’un Conseil national de sécurité. « La France est depuis trop longtemps victime de l’hégémonie américaine », explique en substance Bauer. Autre handicap détecté par la mission, bien français celui-là : un cloisonnement archaïque entre institutions jalouses de leurs prérogatives.

Mettre en réseau

Alors que Nicolas Sarkozy et son secrétaire général, Claude Guéant, avaient envisagé au départ de fusionner les organismes clés, tels l’Institut des hautes études de la Défense nationale ou celui des hautes études de sécurité, dépendant, lui, de l’Intérieur, Bauer propose un système de mise en réseau des institutions phares en matière de recherche, en liaison avec les universités.

Puisque les chercheurs travaillent en ordre dispersé, il propose la création d’une conférence annuelle stratégique entre les divers acteurs pour harmoniser leurs actions, éviter les doublons, en « dépensant mieux », dit-il. Une sorte de centrale d’achat des études stratégiques verrait alors le jour, pour canaliser les financements vers les travaux les plus prometteurs. « Des rapports sur le choc des Balkans ou le conflit israélo-palestinien, nous en avons plein les armoires, mais rien sur la géostratégie de l’eau ou les enjeux pour nous de la téléphonie et de la carte à puce », se désole le criminologue.

Au fil des auditions, la mission Bauer a découvert, effarée, combien la France négligeait les financements européens pour soutenir son outil de recherche. « La plupart du temps, nous ne concourons même pas aux appels d’offres qui sont souvent raflés par les Scandinaves », constate-t-il. Désormais, l’ENA mettra ses meilleurs spécialistes au service des instituts stratégiques pour récupérer ces fonds qui peuvent représenter plusieurs dizaines de millions d’euros.

Un centre de « décèlement précoce » pourrait voir le jour, pour anticiper les crises et développer un sens critique au sein du système de sécurité. Selon Bauer, « le fonctionnaire qui pense est, à tort, mal perçu en France. Il faut au contraire l’associer à la réflexion ». « Déceler, étudier, former » à une nouvelle recherche stratégique : le rapport Bauer voit grand. Mais derrière se profile quand même un repli stratégique de plusieurs institutions en un même lieu à Paris. Sans doute l’École militaire.


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