dimanche 22 octobre 2017

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Pékin poursuit l’envolée de son budget militaire

Julie Desnée, le Figaro

mercredi 5 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Au-delà des chiffres de la Défense annoncés qu’il estime inférieurs à la réalité, le Pentagone, comme le Japon, ne cache pas son inquiétude sur « les intentions chinoises ».

C’est un dragon qui n’en finit pas de s’éveiller, et le monde tremble chaque fois davantage. Pékin annonçait mardi la vertigineuse progression de son budget militaire, de près de 20 % avec 39 milliards d’euros. La nouvelle intervient au lendemain de la publication d’un rapport du Pentagone, qui réitérait ses inquiétudes face au manque de transparence des comptes de la Défense chinoise. Déjà en proie aux critiques, le gouvernement chinois, pris par l’ouverture mercredi de la 11e Conférence consultative politique du peuple, organe législatif réuni une fois par an, qui devrait entériner le budget annoncé, a tenu à limiter l’ampleur de cette progression. Jiang Enzhu, porte-parole de la conférence l’a qualifiée mardi de « modeste », si on la rapporte au PIB et aux recettes fiscales du pays. Et, selon lui, elle sera surtout consacrée à l’amélioration de la paie des quelque 2,3 millions de soldats de l’Armée populaire de libération (APL) qu’il faut moderniser.

Mais cette nouvelle augmentation vient s’ajouter aux bonds enregistrés chaque année par le budget de l’armée chinoise et qui rendent Washington toujours un peu plus nerveux depuis près de vingt ans, malgré le récent réchauffement des relations militaires entre les deux pays. Le Pentagone juge que les autorités chinoises sous-estiment largement la réalité de leurs dépenses. Il les chiffre à 139 milliards de dollars pour 2007, soit trois fois son montant officiel et l’équivalent des dépenses militaires de la Russie, du Japon et de la Corée du Sud réunis.

Au-delà des chiffres, Washington reproche le manque de transparence de l’APL. « La constitution d’une force armée en Chine est caractérisée par l’opacité. Ni au niveau régional ni au niveau mondial il n’est possible de savoir quelles sont ses intentions », estime David Sedney, sous-secrétaire adjoint au secrétariat de la Défense américain pour l’Asie orientale.

Incompréhensions

Cette inquiétude est relayée par Tokyo, qui a également appelé Pékin à clarifier son jeu. Le Japon a des relations tendues avec la Chine, depuis la Seconde Guerre mondiale et, plus récemment, un différend territorial sur des gisements offshore. « Il est impossible pour un pays voisin, et les autres États dans le monde de comprendre cette croissance [des dépenses militaires] à deux chiffres depuis vingt ans », a asséné Nobutaka Machimura, porte-parole du gouvernement japonais.

Les États-Unis portent une attention particulière à la modernisation de l’armée chinoise, qui fait « peser la balance du côté chinois » face à Taïwan. L’île séparée de la Chine depuis l’accession du Parti communiste au pouvoir en 1949, menace sans cesse de déclarer officiellement son indépendance, ce que Pékin considérerait comme un casus belli, tout comme la tenue d’un référendum sur la candidature de Taïwan aux Nations unies. Le sujet est la source d’un regain de tension dans le détroit de Formose, puisque le président taïwanais Chen Shui-bian a justement proposé un référendum le jour de l’élection présidentielle sur l’île, prévue le 22 mars prochain. « S’ils s’entêtent dans cette voie, ils paieront un prix élevé », a prévenu M. Jiang Enzhu. La Chine se montre volontiers prête à une sortie pacifique du conflit entre les deux entités avec une évolution vers un modèle hongkongais bâti sur le fameux principe du « un pays, deux systèmes ».

La stabilité de la région reste néanmoins fragile, comme le souligne le département de la Défense américain. Il assure que la république populaire continue de déployer ses armes les plus avancées dans les provinces chinoises situées juste en face de la terre récalcitrante, notamment quelque 1 000 missiles balistiques et un peu moins de 500 avions de combat. Le Pentagone estime que Pékin dispose maintenant de plusieurs options d’attaque, dont « une campagne de bombardement, un blocus ou une invasion amphibie ».


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