lundi 18 décembre 2017

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Facebook menace l’armée canadienne en Afghanistan

Ludovic Hirtzmann, le Figaro

jeudi 6 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Aux 2 500 soldats canadiens basés dans le sud de l’Afghanistan, Ottawa a demandé de restreindre l’usage du réseau Internet. Ils y révélaient des informations confidentielles.

« Des partisans d’Al-Qaida surveillent Facebook et les autres sites de socialisation… Cela peut paraître excessif, mais ces informations peuvent être utilisées pour cibler des membres des forces armées. Cela peut faire de vos familles et de vos amis des cibles potentielles. » Cette mise en garde est extraite d’une note interne de l’armée canadienne, dont a pris connaissance la Canadian Broadcasting Corporation, la chaîne de radiotélévision publique. Le ministère de la Défense a demandé à ses hommes de ne plus publier des clichés d’eux en uniforme sur Facebook et de ne pas y préciser quelles sont leurs unités de combat.

Facebook est un site Internet de socialisation fondé en 2004 par un étudiant américain. À ce jour, plus de 66 millions de personnes tiennent leur journal intime sur ce réseau planétaire. Les Canadiens, particulièrement friands de Facebook, sont plus de sept millions à y indiquer leurs goûts, leurs sorties ou encore à y mettre les photos de leurs amis.

Recommandation peu suivie

Lorsque Facebook est utilisé par un militaire, l’ennemi peut s’en servir pour obtenir des informations parfois confidentielles. Lors d’une entrevue accordée au quotidien The Toronto Star, le général de brigade Peter Atkinson s’est préoccupé du fait que les talibans pourraient apprendre si une offensive s’était soldée par une victoire ou un échec grâce à Facebook et mettre au point des tactiques de contre-guérilla.

Peter Atkinson a déclaré : « Aujourd’hui, avec la vitesse de la technologie, nous fournissons quasi instantanément à l’ennemi le bilan des pertes lors des combats. Nous devons rendre l’effort de renseignement à l’adversaire aussi difficile que possible. » Le brigadier général assure que 80 % des informations qu’obtiennent les talibans proviennent d’Internet.

Si le ministère de la Défense craint que les soldats ne diffusent des photos ou des vidéos prises sur le terrain, une recherche sur Facebook Afghanistan montre que les militaires canadiens n’ont pas tous obéi à leurs supérieurs. Sur son site, le soldat Jim Jewers présente sa famille et ses amis. Il pose en uniforme avec un drapeau canadien en arrière-plan.

Sur un autre site, le soldat Yan Corriveau, son arme de service en main, a été photographié dans le désert, alors qu’un autre militaire n’hésite pas à montrer des photos d’un ami afghan. À moins d’interdire aux militaires l’accès à Internet, le ministère de la Défense aura du mal à remettre de l’ordre dans ses rangs.

Les épouses et les petites amies des militaires ont créé des sites Facebook, dont l’un des plus importants est « We’re Canadian Military Spouses and Proud » (« Nous sommes des femmes de militaires canadiens et nous en sommes fières »). Certains de ces sites sont protégés par un mot de passe, d’autres ne le sont pas. Il est surprenant que l’état-major canadien ne pense qu’aujourd’hui aux implications que Facebook peut avoir pour la sécurité de ses hommes.


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