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Le rapport Bauer remis à M. Sarkozy organise la veille sécuritaire

Isabelle Mandraud, le Monde

jeudi 6 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Le bras armé du futur conseil national de sécurité intérieure et de défense souhaité par Nicolas Sarkozy pourrait prendre la forme d’un "conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique" (CSFRS). Ce nouvel établissement public dépendrait de l’Elysée et de Matignon. Il serait chargé d’anticiper les menaces et les risques de demain : bioterrorisme, accidents technologiques, crises sanitaires ou climatiques.

Sans attendre les conclusions du Livre blanc sur la sécurité et la défense, reporté au mois de mai, le criminologue Alain Bauer, qui avait reçu une lettre de mission cosignée de Nicolas Sarkozy et de François Fillon en août 2007, a rendu son rapport, mardi 4 mars, au président de la République. La commission qu’il a pilotée, composée de treize membres dont deux représentants d’Areva et d’EDF, propose de réunir sous une même autorité tous ceux qui réfléchissent à la sécurité, en développant les partenariats public-privé. Pour Alain Bauer, l’enjeu se résume à une formule choc : il faut, écrit-il en introduction, "choisir de rester à la table des grands - donc déceler, diagnostiquer, puis prévenir ou riposter -, ou devenir une simple force supplétive".

Résultat : l’actuel Observatoire national de la délinquance (OND) - que M. Bauer préside -, sortirait du giron du ministère de l’intérieur pour intégrer ce nouveau pôle. Les quatre instituts de formation, liés à l’intérieur ou à la défense, seraient remaniés et réduits au nombre de deux d’ici à deux ans. L’Institut national des hautes études de sécurité (Inhes) serait ainsi regroupé avec l’Institut d’études et de recherche pour la sécurité des entreprises (Ierse) ; et l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) fusionnerait avec le Centre des hautes études de l’armement (CHEAr). Les deux nouveaux instituts seraient physiquement réunis sur un même site, celui de l’Ecole militaire à Paris, qui deviendrait "le centre intellectuel et névralgique de la pensée stratégique de sécurité". Le CSFRS fixerait toutes leurs orientations et chapeauterait aussi le centre interministériel de traduction, un centre de "décèlement précoce" des menaces, ou bien encore un bureau d’aide aux appels d’offres.

L’université trouverait sa place dans cet ensemble et les recherches communes privées-publiques seraient encouragées pour la "conduite de travaux d’intérêts communs". Un fonds d’investissement mixte serait mis en place, abondé notamment par des industriels qui, en contrepartie, bénéficieraient d’une défiscalisation sur le modèle du crédit d’impôt recherche.

Le rapport Bauer fustige "la culture administrative", "l’arrogance intellectuelle des chefs d’administration" et cite Tocqueville : "Ce qui caractérise l’administration en France, c’est la haine violente que lui inspirent indistinctement (...) tous ceux qui veulent s’occuper d’affaires publiques en dehors d’elle (...) En un mot elle préfère la stérilité à la concurrence". La mission Bauer, elle, entend ouvrir les bras au secteur privé au nom de la "sécurité globale".

Un concept avec lequel Pierre Tournier, directeur de recherches au CNRS et membre de la mission, prend ses distances dans les volumineuses annexes. "Une telle approche, écrit-il, n’est pas nécessairement neutre idéologiquement. Elle peut être révélatrice d’une pensée "catastrophiste", voire "apocalyptique" qui consiste à dramatiser l’insécurité (...) pour en arriver à militariser l’ensemble des questions de sécurité."


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