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Le Pentagone a expliqué son choix à Boeing sur les ravitailleurs

Jim Wolf, Reuters

samedi 8 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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L’US Air Force a exposé formellement à Boeing les raisons pour lesquelles elle a choisi le duo formé par EADS et Northrop Grumman pour renouveler sa flotte d’avions ravitailleurs, faisant perdre au géant américain de l’aéronautique et de la défense un contrat de 35 milliards de dollars.

Ce "debriefing" du perdant prévu par la procédure d’appel d’offres ouvre la période de dix jours dont dispose Boeing pour intenter un éventuel recours.

Des représentants de Boeing ont été informé durant toute la journée sur "les raisons de la décision de l’Air Force", a déclaré Vicki Stein, porte-parole de l’armée.

Au terme d’une longue procédure, le Pentagone a attribué le 29 février à Northrop et Airbus, filiale d’EADS, cet énorme contrat qui prévoit la fourniture de 179 appareils sur 15 ans.

Boeing a expliqué qu’il prendrait probablement ce week-end une décision sur un éventuel recours, à condition de trouver un motif valable de contestation dans le "debriefing" de l’armée de l’air.

"Notre opinion est que l’Air Force achète un appareil plus cher et moins capable et qu’elle prend un risque en agissant ainsi", avait déclaré jeudi Jim Albaugh, qui dirige l’activité de défense de Boeing.

Si Boeing dépose un recours, le dossier sera transmis au Government Accountability Office (GAO), l’équivalent américain de la Cour des compte françaises, qui dépend du Congrès. Cet organisme disposera de 100 jours pour rendre son avis et éventuellement recommander à l’armée de lancer un nouvel appel d’offres.

AIRBUS JUGE "ABSURDES" DES REACTIONS "PROTECTIONNISTES"

Le dossier des ravitailleurs a pris un tour politique aux Etats-Unis ces derniers jours, de nombreux élus - notamment dans les Etats qui auraient pu bénéficier d’une victoire de Boeing - ayant critiqué le choix d’un fournisseur étranger, en l’occurrence Airbus, en arguant de ses conséquences sur l’emploi, voire sur la sécurité nationale.

Le sénateur John McCain, désormais assuré d’être le candidat républicain à l’élection présidentielle de novembre, a ainsi dû défendre vendredi le rôle qu’il a joué en 2004 dans la remise en cause d’un contrat de location-achat de 100 avions ravitailleurs à Boeing.

Ce contrat a été annulé après des révélations sur la communication à Boeing d’informations confidentielles sur l’appel d’offres d’alors.

L’affaire a conduit en prison une ancienne responsable des achats de l’armée de l’air qui avait négocié son recrutement chez Boeing après avoir supervisé l’octroi au groupe de milliards de dollars de commandes d’armements.

Le directeur financier du groupe à l’époque a également été condamné à une peine de prison et le scandale a contraint à la démission le directeur général Gary Condit.

"Nous avons bloqué (le contrat de 2004) parce que je disposais des informations et de l’expérience suffisantes en matière d’achats de défense pour savoir qu’il s’agissait d’un contrat pourri", a dit McCain vendredi.

Il a assuré que le GAO avait établi par la suite qu’il avait "fait économiser 6,2 milliards de dollars aux contribuables". Le GAO n’a pas répondu dans l’immédiat aux demandes de précisions sur ce montant.

Chez Airbus, le président Tom Enders a rejeté vendredi les critiques des parlementaires qui ont accusé la filiale d’EADS de détruire plus d’emplois aux Etats-Unis via les subventions qu’elle reçoit des Etats européens qu’elle ne pourra en créer avec le contrat des ravitailleurs.

"C’est complètement absurde", a-t-il dit lors d’un entretien accordé à Reuters depuis Mobile, en Alabama, en soulignant notamment qu’EADS et sa filiale Airbus étaient, par leurs commandes, le premier client étranger de l’industrie aéronautique américaine, chiffrant à 190.000 les emplois qu’ils permettent d’assurer.

"Les déclarations protectionnistes que l’on entend aux Etats-Unis ou en Europe sont complètement hors des réalités de notre industrie et de la mondialisation", a encore déclaré Tom Enders.

Selon lui, le contrat des ravitailleurs soutiendra l’emploi en Europe et assurera plus d’un millier d’emplois sur le site de Mobile (Alabama), où les appareils seront assemblés.

Avec la contribution de Tim Hepher et Matthias Blamont, version française Marc Angrand


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