vendredi 15 décembre 2017

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L’ONU, "un nid d’espions"

Philippe Bolopion, le Monde

lundi 10 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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C’est un secret de Polichinelle : l’ONU est un haut lieu de l’espionnage international, un "nid d’espions", selon l’expression du transfuge russe, Sergei Tretyakov. "On part du principe que tout le monde écoute tout le monde", explique un responsable onusien. Diplomates et journalistes présument que leurs téléphones sont écoutés, et plaisantent lorsque des "clics" suspects perturbent leurs lignes. Pour les discussions confidentielles, beaucoup préfèrent les face-à-face, parfois hors de l’ONU.

Pour un agent de renseignement, l’ONU est "un magasin de bonbons", avait expliqué au Los Angeles Times un ancien responsable de la CIA, affecté à la représentation américaine auprès des Nations unies. Et d’ajouter : "Toutes nos cibles sont là : les Nord-Coréens, les Russes, les Cubains. Rien, personne n’est à l’abri."

Le microcosme onusien ne s’est donc guère ému lorsque l’Observer a révélé, en mars 2003, que la National Security Agency (NSA, l’agence américaine d’interception des communications) avait espionné les conversations des ambassadeurs des pays siégeant au Conseil de sécurité, avec une attention particulière pour ceux qui auraient pu permettre aux Etats-Unis d’obtenir une autorisation de la guerre en Irak (Angola, Cameroun, Chili, Bulgarie et Guinée). Les Etats-Unis, qui, en tant que pays hôte, ont toute facilité pour surveiller l’ONU, n’en étaient pas à leur coup d’essai. A la fin des années 1990, la CIA était parvenue à infiltrer la mission des inspecteurs onusiens en Irak.

L’ONU s’était aussi contentée d’exprimer sa "déception" lorsque, en février 2004, l’ancienne ministre britannique Clare Short avait révélé que son pays avait placé Kofi Annan, le secrétaire général de l’organisation, sur écoutes. Quelques mois plus tard, pendant des rénovations, l’ONU avait trouvé un micro "sophistiqué", de fabrication russe ou européenne de l’Est, dans le "salon français" de son quartier général, à Genève, où passaient des dignitaires.

Avant même sa création, en 1945, l’Organisation attirait les convoitises des services de renseignement du monde entier. Selon l’historien américain Stephen Schlesinger, durant les négociations qui ont précédé l’adoption de la Charte de l’ONU, les Etats-Unis ont intercepté les télégrammes diplomatiques des pays fondateurs, pour mieux les influencer. Ce n’est qu’en 1946 qu’a été adoptée la Convention sur les privilèges et immunités de l’ONU, qui déclare que les locaux de l’organisation sont "inviolables" et doivent rester exempts de toute forme d’"interférence". Cette convention est depuis allégrement violée, sans grandes conséquences : chaque fois qu’un faux diplomate ou journaliste est pris en flagrant délit d’espionnage, il est discrètement renvoyé dans son pays.


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