vendredi 20 octobre 2017

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Au procès des écoutes de l’Elysée, le général Charroy entre silences gênés et molles dénégations

Franck Johannès, le Monde

mercredi 7 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

Il est difficile de savoir si la vérité a transpiré lors de la première audience de reprise, lundi 5 septembre, du procès des écoutes de l’Elysée. Moins, en tout cas, que le général Pierre Charroy, péniblement confronté à des déclarations qu’il pensait enterrées sous le secret-défense pour les siècles des siècles.

C’est que le patron du GIC, le groupement interministériel de contrôle, qui enregistrait les conversations au nom de l’Etat, a une philosophie. "Si j’ai survécu pendant seize ans et demi, sous neuf gouvernements, a expliqué le général, c’est parce que je ne parle pas. C’est une stricte déontologie."

Le procureur de la République, François Cordier, avait réclamé, le 16 février, la relaxe en sa faveur parce qu’il n’avait pas le devoir de contrôler les interceptions et ne pouvait "en apprécier la pertinence" . Les annexes du rapport d’enquête, commandé en 1993 à Paul Bouchet, président de la Commission nationale consultative des interceptions de sécurité (CNCIS), couvertes jusqu’ici par le secret-défense, et dont la levée a provoqué la réouverture du procès, compliquent la position du général. Désormais, il préfère, semble-t-il, passer pour un imbécile plutôt que pour un bavard.

Il a, selon le rapport Bouchet, qualifié les membres de la cellule de "cow-boys" , et s’en mord les doigts. "Vous aviez eu connaissance de certains comportements , propose le président, Jean-Claude Kross, et vous avez peut-être accepté des choses que vous n’auriez pas dû ? ­ Absolument pas, assure le général. On disait les cow-boys, tout le monde utilisait ce terme, c’était un automatisme, sans plus. ­ Vous parliez de cow-boys parce qu’ils n’étaient pas à cheval sur les principes ?" , rigole le président.

Mais le général n’a pas tellement envie de plaisanter. Il a constamment répété que la cellule de l’Elysée n’avait pas, au GIC, de statut particulier. Il a pourtant avoué, sous couvert de secret-défense, à Paul Bouchet, que "la cellule se prévalant de son statut spécial de cellule antiterroriste au plus haut niveau" , et "ce statut spécial ayant été admis par le ministère de la défense, le GIC n’était pas fondé à s’y opposer" .

Le procureur a donc, aujourd’hui, nettement l’impression que la bonne foi du général n’avait pas été si surprise que cela et qu’il connaissait bien le statut de la cellule, qui lui permettait, contre toutes les règles, d’emporter directement les écoutes à l’Elysée sans les faire viser par Matignon.

Pierre Charroy nie mollement, convient seulement avoir découvert la situation beaucoup plus tard, quand Paul Bouchet lui a mis les preuves sous le nez. "Ça n’aurait alors servi à rien de faire une enquête, la page était tournée" , se rassure le militaire. Il admet aujourd’hui que la cellule a subtilisé "massivement" les écoutes à partir de juillet 1984. Ce qui soulage considérablement Louis Schweitzer, nommé directeur de cabinet à Matignon, précisément à cette date.

Pourquoi ne pas l’avoir avoué plus tôt, lui demande Me Christine Courrégé, l’un des avocats du Monde . "J’ai dit que je n’excluais pas qu’il y ait des fuites de documents , se tortille le patron du GIC. Aller au-delà aurait été violer le secret-défense..."

Autre client tout aussi sincère, Paul Barril, poursuivi pour recel de fichiers : l’ex-gendarme est accusé d’avoir donné à Libératio n, en 1993, les écoutes faites sur Edwy Plenel, alors journaliste au Monde . Paul Bouchet s’appuie dans son rapport sur une écoute des services spéciaux, où Paul Barril demandait à un de ses employés "le dossier confidentiel de Plenel, qu’on distribuera à l’entrée du palais, vers 19 h 15" , le 25 février 1993, jour où il attaquait en appel Le Monde dans l’affaire des Irlandais de Vincennes.

Pour Edwy Plenel, cette seule écoute est une "base éminemment fragile" pour en déduire que Paul Barril a effectivement livré des écoutes à Alain Léauthier, journaliste à Libération et présent ce jour-là. L’ancien gendarme va plus loin : cette écoute est un faux. "La mission de M. Bouchet, c’était de sauver l’honneur du GIC et de me désigner moi", a-t-il assuré. A l’audience, Alain Léauthier n’a rien voulu dire de ses sources, et s’est contenté de souligner mystérieusement "qu’il y avait des évidences trompeuses" , et que "peut-être la chronologie des faits n’était pas la bonne" .


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