mercredi 13 décembre 2017

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Les autorités chinoises agitent la menace "terroriste" au Xinjiang musulman

Brice Pedroletti, le Monde

jeudi 13 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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La menace "terroriste" agitée par Pékin au Xinjiang, la région musulmane et turcophone de l’ouest de la Chine, ainsi que les révélations d’un complot contre les Jeux olympiques de Pékin (du 8 au 24 août), sont accueillies avec beaucoup de suspicion par la diaspora ouïgoure à l’étranger. Dans un communiqué diffusé par l’Association ouïgoure américaine, basée à Washington, Rebiya Kadeer, principale figure de la communauté ouïgoure en exil, appelle la communauté internationale à la plus grande méfiance.

"Au Turkestan oriental (nom donné par les Ouïgours au Xinjiang), la menace du terrorisme est utilisée pour justifier la répression continue, et l’assimilation du peuple ouïgour", a déclaré Mme Kadeer qui voit dans "ces exagérations et distorsions" un stratagème pour "détourner l’attention que les étrangers portent à la situation des droits de l’homme qui se détériore en Chine". L’opposition ouïgoure en exil s’est organisée en une force politique non violente de plus en plus crédible depuis la libération des geôles chinoises de Mme Kadeer en 2005. C’est en marge de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP) à Pékin, devant les journalistes chinois, que Wang Lequan, premier secrétaire du parti du Xinjiang, s’était vanté qu’une cellule terroriste démantelée fin janvier dans un appartement d’Urumqi, la capitale de la "région autonome du Xinjiang", visait les futurs JO de Pékin. De son côté, le gouverneur ouïgour de la région avait révélé au même moment, également depuis Pékin, que des "terroristes" avaient tenté de faire s’écraser un avion assurant la liaison entre Urumqi et Pékin.

"FRAPPER FORT"

Le manque de détails et l’impossibilité pour les journalistes d’effectuer des vérifications sur place ou d’interroger la version officielle laissent la porte ouverte à tous les soupçons de manipulations. Surtout, Wang Lequan qui dirige la région d’une poigne de fer depuis 1991, est l’artisan depuis la fin des années 1990 de ces fameuses campagnes "Frapper fort" (Yanda) qui, au nom de la lutte contre la criminalité, le "terrorisme" ou le "séparatisme", ciblent sans beaucoup de discernement la population ouïgoure.

L’ONG Human Rights in China (HRIC) a ainsi publié en 2005 un rapport détaillé sur les rouages de cette répression cachée qui entretient l’amalgame entre le "terrorisme" et toute forme de revendication ethnique ou culturelle de la part des Ouïgours.

L’attribution des derniers actes supposés de terrorisme à l’ETIM (East Turkestan Islamic Movement), un groupuscule dont la Chine a obtenu l’inscription sur la liste des organisations terroristes des Nations unies en 2001, suscite la perplexité des spécialistes de la région : le groupe est en effet considéré comme démantelé depuis la mort de son chef au Pakistan en 2003.

Quant à la tentative présumée d’un attentat visant un avion de ligne, la version officielle prête à interrogation. De nouvelles informations publiées par Global Times, un journal chinois affilié au Quotidien du peuple, qui cite des officiels anonymes, expliquent qu’une jeune fille de 19 ans aurait introduit dans cet avion de la compagnie China Southern une bouteille et deux cannettes contenant de l’essence. Les récipients auraient ensuite été placés dans les toilettes de l’avion. La jeune fille, ouïgoure, aurait ensuite été arrêtée ainsi que les trois passagers qui l’accompagnaient.

Certains observateurs de la région, comme B. Raman, directeur d’un institut de recherche à Chennai en Inde, associe une mouvance ouïgoure pro Al-Qaida à deux groupes ouzbeks, le Mouvement islamique d’Ouzbékistan et l’Islamic Jihad Union (IJU). Mais le verrouillage sécuritaire du Xinjiang et le lourd "passif" chinois en matière de répression brouillent les pistes de la lutte antiterroriste.


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