lundi 11 décembre 2017

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Moscou applique une nouvelle stratégie contre l’OTAN

Marie Jégo, le Monde

vendredi 14 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Vladimir Poutine, qui sera l’hôte du sommet de l’OTAN à Bucarest du 2 au 4 avril, rêve d’inciter l’Alliance atlantique à déclarer un moratoire sur l’élargissement, en contrepartie de solutions pour les conflits gelés aux frontières de la Russie. Moscou craint de se voir évincé de la mer Noire. Entamée par l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, son influence serait très amoindrie par l’adhésion de deux autres Etats riverains, qui postulent pour l’heure au statut de candidats : l’Ukraine et la Géorgie.

Les Etats membres de l’OTAN sont partagés sur cette question qui sera au coeur de la visite du président américain George Bush à Kiev, les 31 mars et 1er avril. L’Allemagne, la France, l’Espagne, la Grèce et la Norvège sont contre ; les Etats-Unis, les pays baltes, la Pologne sont pour. La Russie, qui n’a aucun droit de veto au sein de l’Alliance atlantique, espère tirer partie de ces divisions. L’Occident "doit bien comprendre que (le président géorgien) Mikheïl Saakachvili veut intégrer l’OTAN pour l’impliquer dans le conflit (avec les Etats autoproclamés d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud)", a prévenu le représentant de Moscou à l’OTAN, le nationaliste Dmitri Rogozine.

Pour stopper l’avancée de l’OTAN vers les frontières russes, le Kremlin tente d’appliquer un nouveau schéma de résolution des conflits générés par les territoires séparatistes. La première application de cette stratégie serait la Moldavie, où se profile une solution pour la réintégration de la Transnistrie, région séparatiste.

Très influente auprès des séparatistes, la Russie vient en effet de dévoiler un plan de réconciliation. La région rebelle regagnerait le giron de la Moldavie. En contrepartie, cette dernière devra s’engager à ne pas rejoindre l’OTAN. C’est ce qui a été proposé par Vladimir Poutine au président moldave, Vladimir Voronine, en marge du sommet de la Communauté des Etats indépendants (CEI), le 21 février. La Moldavie y serait favorable. "Personne ne dit que l’intégration européenne doit obligatoirement passer par l’OTAN", a dit M. Voronine au quotidien Kommersant, le 11 mars.

Le plan prévoit l’octroi d’une large autonomie pour la Transnistrie, au sein de l’Etat moldave. En échange, la Moldavie devrait déclarer sa "neutralité permanente". Ce statut devrait être reconnu par la Russie, l’Ukraine, les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) et par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

La Moldavie prévoit de quitter le GUAM, une union informelle créée il y a neuf ans avec l’Ukraine, la Géorgie et l’Azerbaïdjan pour faire contrepoids à l’influence de la Russie sur sa périphérie. Cette esquisse de coopération régionale - une première dans l’espace post-soviétique où tout est censé converger vers Moscou - a toujours irrité le Kremlin.

Voisine de la Roumanie, la Moldavie mise sur l’intégration européenne tout en ménageant la Russie, forte d’un levier d’influence considérable par le biais de la Transnistrie. Cette entité séparatiste prorusse abrite une force de paix composée de 1 500 militaires russes, des usines d’armement et de nombreux stocks de munitions. Son "président", Igor Smirnov, soutenu par les milieux "patriotiques" russes, régnait jusque-là en maître absolu sur ce petit territoire en butte à toutes sortes de trafics. Pour lui, il ne saurait être question de réintégration.

Mais depuis peu, Igor Smirnov a perdu son aura à Moscou. Le Kremlin mise désormais sur Evgueni Chevtchouk, le président du Parlement de Transnistrie, jugé plus souple. Ce dernier est d’ailleurs le représentant de Russie unie (le parti pro-Poutine) dans la région alors qu’Igor Smirnov flirtait avec Russie juste, un parti concurrent. C’est d’ailleurs Evgueni Chevtchouk qui conduisait, le 11 mars, la délégation conviée à la Douma (chambre basse du Parlement).

Par ailleurs, en réponse à la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, la Douma a demandé au gouvernement, jeudi 13 mars, l’ouverture de "missions russes" sur les territoires des républiques autoproclamées d’Abkhazie et d’Ossétie du sud (Géorgie). La réunion des parlementaires s’est tenue à huis clos, en présence des représentants des trois micros Etats russophones surgis lors de l’implosion de l’URSS à la fin des années 1990 : Abkhazie et Ossétie du Sud (Géorgie) et Transnistrie.


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