vendredi 15 décembre 2017

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EXCLUSIF : le rapport qui met l’armée au pain sec

Jean Guisnel, Lepoint.fr

mercredi 19 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Les armées vont évoluer profondément, de même que la géographie militaire de la France. Et les effectifs des armées vont être réduits significativement, exactement de 34 966 emplois de soldats entre 2008 et 2014. Auxquels s’ajouteront 16 829 emplois civils, essentiellement d’ouvriers de l’État, qui seront confiés à des entreprises extérieures. Ces externalisations concernent des activités sans spécificité militaire particulière, comme l’alimentation, l’habillement, les simulateurs ou les travaux d’infrastructures. Cinquante-trois implantations nationales seront fermées (et 45 000 emplois supprimés), tandis que 109 sites seront "allégés" (verront leurs effectifs se réduire), et 51 autres, "densifiés". Tels sont les éléments contenus dans un document de 99 pages, daté du 7 mars, dont Le Point a pris connaissance. Sous réserve de quelques précisions, c’est celui qui sera remis à Nicolas Sarkozy le 25 mars. Ce texte est la partie Défense de la "révision générale des politiques publiques" (RGPP) lancée le 12 décembre 2007 à l’Élysée. Le chef de l’État avait alors déclaré : "La réforme de l’État, je l’ai promise, je la ferai." Ce qu’il fera aussi, si les voeux des armées se confirment, c’est qu’il annoncera lui-même la liste des fermetures. Les militaires estiment que le politique doit prendre ses responsabilités. Les travaux de la RGPP-Défense ont été pilotés par le préfet François Lépine, président de la société Lyon-Turin ferroviaire et ancien directeur de cabinet du ministre de la Défense François Léotard, et par le contrôleur général des armées, Dominique Conort. Ils ont consisté à rationaliser ce que le ministre de la Défense, Hervé Morin, aime à appeler le back office , connu par les militaires comme le "soutien". Il s’agit donc de le rationaliser en réduisant ses coûts, mais il n’a pas été facile de rapprocher les points de vue de l’état-major et de l’escouade de contrôleurs des armées animant les travaux de la RGPP. Les points d’achoppement ont concerné l’entretien des matériels aéronautiques, la gestion des ressources humaines, la formation ou la gestion financière.

"Bases de défense"

Chaque fois, les armées estimaient que les particularités du fonctionnement des différentes forces exigeaient des filières spécifiques air-terre-mer, quand les contrôleurs voulaient au contraire les contraindre à mutualiser leurs moyens. Le symbole de cette rationalisation sera le regroupement des différents états-majors sur le site parisien de Balard, déjà baptisé "Pentagone à la française". Faut-il croire, comme l’explique un officier ayant participé aux travaux, que "les armées ont perdu, les technocrates ont gagné" ? Ce n’est pas certain.

En supprimant des organigrammes complexes venant se juxtaposer les uns aux autres et sans autre utilité que d’offrir des postes à des officiers généraux méritants, la réforme prône la création de "bases de défense" commandées par des colonels qui rassembleront dans une même entité tout le soutien indispensable aux forces. Il n’y aura plus d’implantation militaire aux effectifs inférieurs à 1 000 personnes (sauf les sémaphores et les relais radio). La RGPP introduit plusieurs innovations supplémentaires, dont un renforcement de l’autorité du chef d’état-major des armées sur les autres chefs d’état-major. Un autre point a fait l’objet d’âpres discussions : le rôle de la Délégation générale pour l’armement (DGA), intouchable État dans l’État dont l’autonomie sera réduite par la mise en place d’un comité d’investissement auprès du ministre. La RGPP concerne la réorganisation du ministère de la Défense et du soutien aux forces opérationnelles, qui demeurent la raison d’être de l’appareil militaire. Dans quelques semaines, la publication du livre blanc que prépare la commission rassemblée autour du conseiller d’État Jean-Claude Mallet entraînera nécessairement d’autres évolutions, et surtout une baisse du nombre des unités opérationnelles. Les conclusions de la RGPP devront alors, sans aucun doute, être revues, et les rédacteurs du document notent à juste titre qu’il "conviendra d’apprécier l’impact de la réduction du format sur le volume du soutien". Pour les armées, c’est l’heure de la soupe à la grimace !

- Cliquez ici pour lire des extraits du rapport


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