jeudi 14 décembre 2017

Chasse gardée

Pascal Hénisse, la Tribune via Veille.com

jeudi 8 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

La levée de boucliers des milieux politiques cet été, au plus fort de "l’affaire Danone", ne rend pas service aux banques d’affaires. Il devient compliqué pour elles de vendre le "produit" France à des groupes étrangers.

Si le yaourt est stratégique, que dire alors de l’énergie, de la pharmacie, de la banque ou de l’automobile ? Pour les banquiers d’affaires, les conséquences de l’affaire Danone risquent d’être délicates à gérer dans les mois qui viennent. Comme la plupart des grands patrons français, les banquiers ont pourtant brillé par leur discrétion au moment où la polémique faisait rage au coeur de l’été. Allait-on laisser un des fleurons de notre industrie agroalimentaire passer sous drapeau américain ?

l ne s’est pas trouvé beaucoup de courageux pour soutenir qu’après tout c’était au marché de décider. Non pas qu’il faille se réjouir de cette perspective mais, après tout, Danone, entreprise cotée à New York faut-il le rappeler, n’hésitait-elle pas à évoquer les contraintes de la compétition internationale pour justifier des fermetures d’usine en France ?

La contraste est d’autant plus saisissant qu’au même moment les louanges pleuvaient sur Pernod Ricard, acquéreur d’Allied Domecq, et que la montée en puissance de Suez au capital du belge Electrabel était saluée comme il se doit. Pour un banquier d’affaires, le message est clair : il vaut mieux se ranger du côté des entreprises françaises acquéreuses que du côté d’éventuels prédateurs. Comme s’il fallait choisir son camp à l’avance. Patriotisme économique oblige...

Vu de l’étranger (et la plupart des grandes banques d’affaires spécialistes des fusions-acquisitions sont anglo-saxonnes), la France est en quelque sorte devenue une chasse gardée où seules les opérations amicales, dûment validées par les plus hautes autorités de l’Etat, ont une chance de prospérer. Sans le blanc-seing de Bercy, voire de l’Elysée, il serait illusoire de vouloir mener une opération une tant soit peu audacieuse. A cet égard, la publication récente d’une liste de dix secteurs interdits aux prédateurs étrangers n’aura pas arrangé les choses.

Présenté en chevalier blanc de Danone, Nestlé aurait-il eu l’heur de plaire à nos édiles ? Rien n’est moins sûr... On se rappelle que le suisse Novartis avait été fermement éconduit lorsqu’il s’était intéressé de près au dossier Sanofi-Synthélabo. Et à l’évidence, les groupes américains vont y regarder à deux fois avant de se lancer dans une aventure où ils peuvent à tout moment être contrés par la Caisse des dépôts et consignations érigée en rempart ultime du capitalisme tricolore.

De quoi désespérer tous les "deal makers" de la planète. Il n’est pas sûr non plus que la Bourse apprécie et que l’image de la place financière parisienne sorte renforcée de cet épisode. La spéculation de l’été sur le titre Danone a certainement profité à certains. Mais il n’est pas sûr que les actionnaires y gagnent à long terme.


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