dimanche 10 décembre 2017

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Sarkozy veut relancer le désarmement nucléaire

Arnaud de La Grange, le Figaro

samedi 22 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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« Le budget de la Défense ne baissera pas », a promis le chef de l’État, tout en évoquant la nécessité de « choix trop longtemps différés ».

Du redoutable au Terrible. Et sur les traces du Général. Dès les premiers mots de son discours, vendredi à Cherbourg, Nicolas Sarkozy n’a pas boudé la référence à la vi­site du général de Gaulle dans le même arsenal, en 1967, pour le lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) français. Vendredi, le chef de l’État, saluait avec Le Terrible le premier SNLE qui sera doté en 2010 du nouveau missile français M51 et donnera à la France une capacité de tir « totalement intercontinentale ».

Dans les ateliers de Cherbourg, l’histoire familiale nourrit la mémoire. Chaudronnier à la ma­nœuvre d’une presse de 12 500 tonnes « unique en Europe » qui semble avoir beaucoup impressionné le président, Pascal Dupont avait 4 ans et tenait la main de son père lui aussi ouvrier à l’arsenal quand le général de Gaulle avait lancé Le Redoutable, « aujourd’hui au musée ». « C’est bien qu’un président vienne, les autres ne l’ont pas fait. Jacques Chirac était venu, mais pour l’enterrement des vic­times de l’attentat de Karachi », ra­conte-t-il. Mémoire douloureuse de DCNS, le groupe naval de dé­fense français, quand onze de ses hommes avaient été victimes de la violence islamiste au Pakistan, le 8 mai 2002. Nicolas Sarkozy a rencontré vendredi leurs familles.

Vendredi, le président de la République s’affichait donc très gaullien, mais peu chiraquien… Son premier grand discours sur la défense a, par allusions, sérieusement égratigné les méthodes du quinquennat précédent, où l’on a couru après un modèle d’armée « irréaliste ». « Je n’ai pas l’intention de poursuivre les méthodes du passé, celles qui ont conduit à me placer dans cette situation », a-t-il déclaré.

Et cette « situation », Ni­colas Sarkozy l’a résumée en une image, un « mur » financier infranchissable, et deux chiffres : une nécessité d’augmenter les budgets d’équipements de 6 milliards d’euros par an, soit une hausse de 40 %. Impossible dans le contexte ac­tuel. Le président a enfoncé le clou : « Je proposerai des choix trop longtemps occultés. » Tout en re­nouvelant « solennellement » l’en­­gagement que le budget de la Défense restera « le deuxième budget de l’État » et « ne baissera pas ».

Des menaces bien réelles

Nicolas Sarkozy-chef des armées s’est aussi livré à un inédit exercice de « transparence ». « Comme personne ne l’a encore fait », a-t-il tenu à préciser. Fait rarissime, un président de la Ré­publique a évoqué même à grands traits le nombre de têtes nucléaires détenues. L’ar­senal fran­­­çais comprendra bientôt « moins de 300 têtes nucléaires », soit « la ­moitié du nombre maximum que nous ayons eu pendant la guerre froide ». Et ce, après la réduction « d’un tiers du nombre d’armes nucléaires, de missiles et d’avions » de la composante aéroportée.

Nicolas Sarkozy a confirmé sa décision de conserver cette deuxième composante, qui passera de 60 Mirage 2000 N à 40 Rafale. Le coût de la dissuasion, « la moitié du budget de la Justice », a-t-il rappelé, est justifié par un monde aux menaces bien réelles.

Avant de plonger dans les entrailles du Terrible, le président de la République n’a pas hésité à citer l’Iran. Il a aussi proposé à ses partenaires européens un « dialogue ouvert sur le rôle de la dissuasion » française pour leur sécurité collective. Bon élève du désarmement, donc, en ayant aussi ratifié le traité d’interdiction complète des essais (Tice) et démantelé Mururoa, la France se sent donc légi­time pour proposer à la communauté internationale une série d’initiatives de désarmement.

Certaines, comme l’idée d’un traité interdisant les missiles sol-sol de courte et moyenne portée, se heurteront aux puissances émergentes. D’au­tres, sur la fin ­to­tale des sites et essais nucléaires, risquent de rencontrer peu d’échos à Pékin ou Washington. Qu’importe, la France veut insuffler un esprit et prendre date…

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 » DOCUMENT - L’intégralité du discours du chef de l’État

Vendredi à Cherbourg, pour la présentation du sous-marin Le Terrible, le président de la République a annoncé un aménagement limité de l’outil nucléaire français et proposé une série d’initiatives internationales. Crédits photo : AFP


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