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L’Inde doit confirmer un contrat pour la construction de six sous-marins franco-espagnols

Laurent Zecchini, le Monde

vendredi 9 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

Après l’échec essuyé par l’avion de combat Rafale pour remporter le contrat du marché singapourien, la confirmation prochaine d’un accord pour la fourniture de sous-marins de type Scorpène à l’Inde constitue une bonne nouvelle pour l’industrie de défense française. Négocié depuis 1998, ce contrat, qui devrait être formalisé à l’occasion du passage à Paris, dimanche 11 et lundi 12 septembre, du premier ministre indien Manmohan Singh, porte sur la construction en Inde de six sous-marins et la livraison de quelque 36 missiles SM39 (équivalent aux Exocet, ces missiles peuvent être tirés sous l’eau, à faible distance de la surface), fournis par le missilier MDBA, filiale du groupe franco-allemand d’aéronautique et de défense EADS.

Le Scorpène est un sous-marin conventionnel à propulsion classique (diesel-électrique) destiné aux missions de lutte anti-surface (protection des côtes) et anti-sous-marins, aux opérations spéciales et à l’entraînement. Bien que développé en commun par la direction des constructions navales (DCN) française et le constructeur naval espagnol Izar, il a beaucoup bénéficié de la technologie des sous-marins français SNA (sous-marins d’attaque) et SNLE (sous-marins lanceurs d’engins), notamment en ce qui concerne la discrétion acoustique.

TRANSFERTS DE TECHNOLOGIE

Echaudés par une longue et difficile négociation avec la partie indienne (l’annonce de l’accord a été reportée à plusieurs reprises), et craignant un revirement de dernière minute de New Delhi, DCN et le groupe français Thalès, qui fournit la partie électronique, ainsi que Izar, n’ont pas voulu confirmer la conclusion de ce contrat d’un montant de quelque 2 milliards d’euros, pas plus que le gouvernement indien. "Nos partenaires indiens se préparent à nous confirmer la décision" , a cependant reconnu, jeudi 8 septembre, un porte-parole du ministère français de la défense.

La décision de principe était acquise depuis quelque temps, ce qui signifie que le Scorpène avait devancé son principal concurrent, le sous-marin U-209 de la firme allemande HDW. La livraison des six sous-marins s’échelonnera sur plus d’une dizaine d’années. Ils seront construits dans les docks du port de Bombay avec, pour les deux premières unités, la livraison par la France de certains éléments de la coque. Le contrat prévoit différents transferts de technologie, ainsi qu’une assistance technique, fournie par des experts de DCN et Thalès.

La conclusion de ce contrat constitue une victoire importante pour DCN et Izar, dans la mesure où le marché des sous-marins en Inde était dominé jusque-là par les Russes (sous-marins de la classe Kilo, plus gros mais nettement moins modernes que le Scorpène), et par HDW, et aussi parce que cette vente confirme la percée à l’exportation de ce type de sous-marins. Deux Scorpène ont été vendus au Chili en 1997 (le premier, le O’Higgins , devait être réceptionné, vendredi 9 septembre, à Cherbourg, par la marine chilienne), et deux autres à la Malaisie, en 2002, le premier devant être livré en 2008. Contrairement au Chili, dont la marine était déjà équipée de sous-marins, Kuala Lumpur est un nouvel arrivant dans le club restreint des pays possesseurs d’une flotte sous-marine. Quelque 150 marins malaisiens sont ainsi formés et entraînés à Brest sur un sous-marin de type Agosta.

"Le choix indien confirme que le produit Scorpène devient une référence" , se félicite un spécialiste des questions de défense, qui précise que d’autres pays, principalement en Amérique latine et en Asie, se sont déclarés intéressés par le Scorpène. Sur le marché des sous-marins à propulsion classique de cette classe, la France et l’Allemagne sont pratiquement seuls : les Etats-Unis ne s’intéressent pas à ce créneau industriel, et la Russie ne peut offrir que des bâtiments d’une conception vieillissante.

Pour la France, cette percée est un résultat tangible du "partenariat stratégique" avec l’Inde qui a été engagé à l’occasion de la visite du président Jacques Chirac à New Delhi, en 1998. Cela signifie qu’entre l’Inde et le Pakistan, la France considère l’Inde comme le partenaire majeur en Asie du Sud, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre une coopération militaire fructueuse avec Islamabad : le Pakistan possède des sous-marins de type Agosta équipés des mêmes missiles SM 39 qui sont vendus à l’Inde.


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