lundi 23 octobre 2017

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Lidl surveille son personnel avec les « méthodes de la Stasi »

Thomas Schnee, L’Expansion.com

mercredi 26 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Détectives privés, micro-caméras de surveillance et dossiers abordant la vie privée... l’hebdomadaire Stern révèle les méthodes de surveillance du personnel employé par le discounter Lidl. Une enquête officielle va être ouverte.

Le discounter Lidl, connu depuis longtemps pour son opposition farouche à toute représentation des salariés dans ses filiales, est au centre d’un nouveau scandale lancé par le magazine Stern. Celui-ci est entré en possession de plusieurs centaines de pages de protocoles internes concernant des filiales de Basse-Saxe, du Schleswig-Holstein et de Rhénanie du nord – Westphalie. Dans son édition du 27 mars, l’hebdomadaire raconte comment, au mépris de la législation du travail et des libertés fondamentales, Lidl utilise les caméras de surveillance de ses magasins pour faire observer ses salariés et constituer des dossiers où se mélangent informations sur leur vie privée et jugements arbitraires sur leurs comportements.

Il n’y a pas de doute, les dossiers établis sur tout ou partie de son personnel par le discounter Lidl dépassent les bornes de la morale et surtout de la loi : « Mme T. téléphone avec son ami, ils parlent du repas du soir. Bien qu’elle sache que le magasin est plein et qu’il y a encore de nombreuses choses à faire, elle lui promet de partir à la fin de son service, ce qu’elle fait à 15 heures », note le détective engagé par Lidl. Dans un autre rapport, un autre détective rapporte la conversation de deux employées qui n’ont aucune envie de se rendre à une formation interne dont elles ne comprennent pas le sens « et à laquelle elles refusent d’emblée de participer activement », juge le spécialiste à partir d’une écoute faite grâce à une caméra de surveillance initialement installée contre le vol.

Les informateurs de Lidl vont plus loin encore. Selon eux, le cercle d’amis de telle employée est « constitué de drogués » et telle autre « est au bord de la faillite personnelle ». La fréquence des passages aux toilettes est minutieusement relevée, de même que des extraits de conversations privés entre employés n’ayant aucun rapport avec le travail. En cela, les pratiques de Lidl sont clairement contraires, entre autres, à l’article 2 de la Constitution sur les droits de la personne : « Je pense que dès ces pratiques auront été confirmées, les autorités fédérales pour la protection des données personnelles agiront », a déclaré Peter Schaar, Délégué auprès du Gouvernement fédéral pour la protection des données. Déjà, l’ouverture d’une enquête officielle a été annoncée au niveau régional, dans le Bade-Württemberg, région où se trouve le siège de Lidl.

« Si les salariés de Lidl veulent porter plainte, nous les soutiendrons pleinement », affirme Achim Neumann, représentant de Verdi, le grand syndicat des services, qui qualifie ces méthodes de « cochonnerie sans égal » : « Nous voyons ici un cas de surveillance et d’espionnage comme dans une dictature. Le pays n’a pas besoin d’entreprise comme cela », a-t-il ajouté. Interrogé par Stern, le discounter nie toute volonté d’espionner ses salariés et affirme que ces dossiers ne servent qu’à « détecter les manquements professionnels ». Mercredi soir, le site Internet du magazine annonçait que Lidl s’excusait de ses pratiques et cesserait désormais toute surveillance de ce type. Cette marche-arrière de bon sens ne devrait cependant pas lui éviter des actions en justice.


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