vendredi 20 octobre 2017

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Filières irakiennes : huit ans de prison requis

Delphine Chayet, le Figaro

samedi 29 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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Le procès d’un groupe de djihadistes français s’est achevé vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Dans les violents combats de Faloudja, Mohammed el-Ayouni a perdu un œil et son avant-bras gauche. Hier, à l’issue de huit jours d’audience, l’avocat du jeune djihadiste enrôlé en Irak en 2004 a demandé sa relaxe au tribunal correctionnel de Paris. Ainsi s’est achevé le procès « de la filière irakienne du XIXe arrondissement de Paris ». Pour la première fois en France, sept personnes accusées d’avoir participé à une entreprise d’embrigadement de jeunes combattants en Irak ont comparu pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Les uns après les autres, les avocats de la défense ont pointé à la barre le « vide du dossier », « l’absence d’éléments matériels  » et de «  preuves ». Farid Benyettou s’est, lui, défendu seul. Personnage central de la filière démantelée en 2005 par la Direction de la surveillance du territoire, le prévenu, qui refuse l’assistance d’un avocat, nie.

La veille, une peine de huit ans de prison, assortie d’une période de sûreté des deux tiers, avait été requise à son encontre. Tout petit dans son grand blouson, cheveux longs et bouclés collés sur le crâne, il est en effet, selon le procureur de la République Jean-Julien Xavier-Rolai, le « guide spirituel » du groupe, le « lien entre les faubourgs de Faloudja et le XIXe arrondissement de Paris ».

« Se battre à la loyale »

C’est pendant les cours de langue et de religion donnés dans une mosquée de ce quartier populaire de la capitale que ce personnage, apparemment peu charismatique, recrute les futurs candidats au départ. D’origine maghrébine, âgés de 25 ans tout au plus, ils ont grandi ensemble et partagent un certain « désespoir social », « l’absence de perspectives professionnelles » et « des questions identitaires », selon le procureur. Ils trouvent donc, auprès de Benyettou, grand connaisseur du Coran, à peine plus âgé qu’eux mais qui les fascine, un moyen d’exprimer leur « rage ».

Parmi les dix personnes parties en Irak combattre les forces américaines, plusieurs y ont perdu la vie, d’autres ont disparu corps et biens ou se sont constitués prisonniers. Mohammed el-Ayouni, finalement expulsé de Syrie vers la France en 2006, en est sorti très diminué. Quatre ans de prison ont été requis jeudi à l’encontre de ce garçon de 25 ans, qui vit chez sa mère et attend toujours une prothèse.

Deux autres candidats au djihad, arrêtés avant leur départ par les enquêteurs de la DST, comparaissent à ses côtés, en survêtement et baskets. Cherif Kouachi est aujourd’hui poissonnier en CDI à Monoprix  ; Thamer Bouchnak est artisan taxi.

« Ces esprits malléables et frustes sont un réceptacle tout trouvé à certaines idées », a souligné l’un des avocats de la défense, Me Dominique Many, qui ne voit pas dans ces jeunes garçons exaltés des terroristes, mais des combattants  : « Bouchnak partait pour se battre à la loyale, pas se “kamikazer” ». Contre eux deux, une peine de trois ans de prison a été requise.

Une sanction de quatre ans de prison a enfin été demandée pour le faussaire du groupe, Nacer Eddine Mettai, qui a reconnu avoir fourni « une dizaine de faux passeports » aux partants pour l’Irak. Dans l’ordinateur de cet Algérien de 39 ans, les enquêteurs ont retrouvé une photo d’Oussama Ben Laden et des pages piochées sur Internet montrant, entre autres, les sévices subis par les prisonniers d’Abou Ghraïb. À l’audience cependant, l’homme a nié avoir connu la destination terroriste de son trafic. Le jugement sera rendu le 14 mai.


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