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Bases navales. Le « collier de perles chinois »

Jean Guisnel, Letelegramme.com

dimanche 30 mars 2008, sélectionné par Spyworld

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La Marine de l’Armée de libération populaire de Chine grandit année après année. Surtout, elle réalise une impressionnante série de bases - son « collier de perles » - autour des mers du globe.

ous les spécialistes de la stratégie navale en sont désormais convaincus : en haute mer, il va rapidement falloir compter avec les Chinois, ou à tout le moins se préparer à le faire d’ici dix ou quinze ans. Ce n’est pas la taille actuelle de la composante navale de l’Armée de libération populaire qui préoccupe les observateurs les plus attentifs. Tout en croissant régulièrement, elle demeure encore modeste et n’est pas en mesure de contester sérieusement la marine américaine, surtout associée à ses alliées. Non, c’est un autre élément qui attire l’attention : la constitution de plus en plus affichée d’un réseau de bases navales chinoises et de facilités portuaires autour de l’océan Indien, de la Birmanie au détroit d’Ormuz.

Une évolution stratégique majeure

Cette chaîne de ports a même été baptisée le « collier de perles » et sa naissance est considérée par tous les états-majors du monde, de même que par les services de renseignement, comme une évolution stratégique majeure.

Les impératifs chinois sont de plusieurs ordres : ils souhaitent en priorité se trouver en mesure d’assurer la sécurité de leurs approvisionnements pétroliers et gaziers venant du golfe arabo-persique. Pour arriver jusqu’à la Chine, en venant de l’Ouest, les navires doivent passer par le détroit de Malacca. Cette voie de 800 kilomètres de long, entre la Malaisie et l’île de Sumatra, dont la largeur n’excède pas trois kilomètres devant Singapour, est un axe essentiel mais fort vulnérable. N’importe qui, ou presque, peut l’interdire en cas de crise. Pour contrer ce problème, les Chinois ont donc intensifié leurs liens avec la Birmanie, en lui achetant son gaz et en faisant installer un pipe-line de près de 2.500 kilomètres entre le port de Kyaukpyu, qu’ils ont construit à l’embouchure du fleuve Irrawaddy, et la province du Yunnan.

Une base au Pakistan

Avec un second port, celui de Thilawa qui consolide leurs débouchés birmans, ils ont également installé une station d’interceptions électroniques sur les îles Coco (Birmanie), dans le golfe du Bengale. « Leur dessein est d’une grande clarté », insiste un officier français de renseignement. La première perle du collier se situe donc en Birmanie. Et à l’autre bout, on trouve la base pakistanaise de Gwadar, à deux pas du détroit d’Ormuz et de la frontière iranienne. Ce port a été inauguré début 2007 par Pervez Musharraf en personne, accompagné pour l’occasion du ministre chinois de la Communication, Li Shenglin. Officiellement, il s’agira de faciliter le commerce des conteneurs. En réalité, cet équipement de plusieurs centaines de millions de dollars a été intégralement financé par la Chine, tout comme une raffinerie de pétrole, des cuves de stockage, et des installations de défense aérienne.

Intéressés par les Maldives et les Seychelles

Voilà donc les Chinois en place à l’entrée du Golfe, prêts à sécuriser leurs approvisionnements en hydrocarbures... Ce n’est pas tout ! Car le second impératif de Pékin consiste à s’assurer une capacité de contrôle de l’océan Indien, en cas de clash avec l’un de ses adversaires potentiels les plus puissants : l’Inde. Dont la puissance navale est sans comparaison, en tout cas pour l’instant, avec celle de la Chine. Les Chinois se sont donc installés dans deux autres ports : celui de Chittagong au Bangladesh, et celui de Hambantota au Sri-Lanka. Et ils regardent de très près deux petits archipels au large de l’Afrique orientale : Les Maldives et les Seychelles. Deux perles de plus au collier ?

Jean Guisnel

Une immense culture maritime

On le sait peu, mais les Chinois furent eux aussi de grands coureurs d’océans, notamment au Moyen Âge. Ils étaient techniquement très avancés, et avaient inventé le compas dès le XII e siècle. Et leurs cartographes surclassaient ceux du Vieux continent. À la différence des navigateurs européens, les Chinois couraient les mers pour établir des liens politiques, culturels et bien sûr commerciaux, mais jamais pour entamer des conquêtes et coloniser les pays découverts. Leur navigateur le plus célèbre demeure l’amiral Zheng He, dont il est avéré qu’il visita entre 1405 et 1433 tout le sud est asiatique, mais aussi le golfe du Bengale, l’océan Indien, la mer Rouge, et descendit sur la côte africaine jusqu’à l’actuel canal du Mozambique. Plus contestées sont ses possibles incursions en Atlantique, via le cap de Bonne Espérance. Surtout son éventuelle découverte de l’Amérique, avant Christophe Colomb, fait l’objet de vives controverses (*).

Un navire de 140 m de long

On retiendra également de l’amiral Zheng He, un eunuque éduqué pour le service de l’empereur, que cet emblème de la dynastie Ming commandait une flotte qui compta jusqu’à 300 navires et 37.000 marins. Son navire amiral, absolument énorme (ci-contre, avec, au premier plan et à la même échelle, la Caravelle de Christophe Colomb), mesurait 140 mètres de long et 55 de large, et comptait neufs mâts. Après sa mort, l’empereur de Chine ne souhaita plus assumer le prix extraordinaire de ces expéditions, et fit détruire les navires et les plans, tuant pour des siècles la culture maritime chinoise, qui renaît aujourd’hui. * « 1421, l’année où la Chine a découvert l’Amérique », de Gavin Menzies, chez Intervalles (2007). Au prix de 25 €.


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