lundi 11 décembre 2017

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Les services sensibles de la police en plein chantier

Isabelle Mandraud, le Monde

mardi 1er avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Quelque 9 500 emplois supprimés en trois ans dans la sécurité, dont près de 6 000 dans la police et 3 500 pour la gendarmerie. Soit l’équivalent des emplois créés dans ce secteur par les 35 heures, ou encore le non-remplacement d’un départ sur deux à la retraite. Ces chiffres, évoqués dans le cadre la révision générale des politiques publiques (RGPP), sont rejetés par le ministère de l’intérieur, qui dénonce une logique "caricaturale". La tension est montée entre le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, et la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, vendredi 28 mars, lors d’une ultime réunion du comité de suivi, avant le conseil de modernisation des politiques publiques que doit présider, le 4 avril, Nicolas Sarkozy.

La ministre s’est arc-boutée en rappelant l’accent mis par le président de la République sur la sécurité. M. Guéant a sèchement répliqué en soulignant que la réduction des dépenses faisait tout autant partie des priorités de l’Elysée. Pour l’intérieur, la réduction des coûts s’accompagne d’une vaste réorganisation. Les chantiers de la police concernent plusieurs services sensibles.

Le renseignement. La fusion de la direction de la surveillance du territoire (DST) et des renseignements généraux (RG) dans un ensemble baptisé direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) doit être bouclée au 1er juillet. Dans deux courriers distincts, envoyés fin février, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, et Mme Alliot-Marie, se sont employé à apaiser les craintes en écrivant à chacun des policiers concernés. Selon le ministère, un millier devra changer de direction. Ceux qui n’intégreront pas la DCRI seront affectés à la direction centrale de la sécurité publique (DCSP).

Malgré les visites répétées sur le terrain de l’actuel patron des RG, Joël Bouchité, l’inquiétude des fonctionnaires reste vive en province. A Paris, la préfecture de police (PP) devrait conserver ses 800policiers qui dépendent des RG, y compris, précise le ministère, ceux qui enquêtent sur "l’islam radical". Le préfet, Michel Gaudin, a souhaité renforcer ses positions sur toute l’Ile-de-France. Dans cette région, écrit M. Péchenard, la DCRI "disposera de services départementaux qui apporteront au préfet de police les informations nécessaires à l’exercice de ses compétences". L’épisode a nourri une véritable guerre des nerfs entre la DGPN et la PP.

Plusieurs réunions décisives vont avoir lieu le 7 et le 9 avril, entre la direction de la police, les syndicats et le ministère.

La sécurité publique. C’est l’autre gros morceau de la réforme. Un service de l’information générale (SDIG) sera créé dans chaque département pour accueillir les fonctionnaires des RG. Ces derniers continueront d’assurer leur mission d’information, mais seulement dans le domaine social et les violences urbaines. Pour l’heure, la sécurité publique estime ne pas avoir les moyens d’accueillir ces nouveaux venus en civil qui devront frayer avec des policiers en tenue. Par ailleurs, la sécurité publique doit créer de toutes pièces une police consacrée aux violences urbaines, les unités territoriales de quartier (UTEQ) et les compagnies de sécurisation. Alors que l’heure est aux réductions d’effectifs, 4000 hommes devront y être affectés essentiellement par redéploiement. Un vrai défi.

Le rapprochement police-gendarmerie. Le texte de loi qui officialisera le passage, le 1er janvier 2009, des 101000gendarmes dans le giron du ministère de l’intérieur, devrait être débattu au Parlement au plus tard en septembre. Cette réforme provoque toujours le mécontentement des uns et des autres, qui redoutent de faire les frais de ce rapprochement.

La mutualisation des formations et des moyens, comme l’achat de matériel, a déjà commencé. Elle va s’intensifier. Dans le cadre de la RGPP, l’inspecteur des finances, François Mongin, chargé de réfléchir à la réforme de l’Etat, avait provoqué l’émoi il y a quelques semaines en émettant l’hypothèse de la suppression d’une brigade de gendarmerie sur deux. Il se contenterait aujourd’hui de la disparition d’une cinquantaine de brigades (sur les 1 070 "communautés de brigades" réparties sur le territoire, qui regroupent deux à quatre petites unités).

Les gendarmes ne manquent pas de faire remarquer qu’il leur manque toujours 950 postes promis dans la première loi de sécurité intérieure initiée par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’intérieur. C’est aussi l’un des arguments avancés par Mme Alliot-Marie, qui insiste sur les 13500 emplois créés par son prédécesseur dans le domaine de la sécurité.

Au moins 14 millions d’heures supplémentaires en suspens

Le règlement des heures supplémentaires constitue toujours un casse-tête pour le gouvernement. Si le problème pour les officiers de police a, en partie, été traité, il ne l’est pas du tout pour les gardiens et gradés. Selon des estimations faites par les pouvoirs publics, la base minimale restant en suspens serait de 14 millions d’heures. Ce qui représente, au bas mot, 130 millions d’euros, Ou encore l’équivalent de 8222 emplois équivalent temps plein. Selon les syndicats, les estimations varient entre 15 et 20 millions d’heures supplémentaires. "Qu’est-ce qu’on attend pour nous consulter ?", s’impatiente Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance.


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