mercredi 13 décembre 2017

Accueil du site > Défense > France > Débat sur le retour complet de la France dans l’OTAN

Débat sur le retour complet de la France dans l’OTAN

Laurent Zecchini, le Monde

mardi 1er avril 2008, sélectionné par Spyworld

logo

En principe, les diplomates ont réglé le scénario : après que Nicolas Sarkozy se sera exprimé, jeudi 3 avril, à Bucarest, où se tient le sommet de l’OTAN, pour confirmer que la France a décidé d’envoyer des renforts militaires en Afghanistan et expliquer les conditions de son éventuel retour dans la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique, George Bush lui répondra.

Le président américain devrait remercier le chef de l’Etat français de son geste de solidarité envers l’OTAN, et souligner que Washington ne voit que des avantages aux progrès de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), autrement dit de la défense européenne, comme le demande Paris. Les termes du marchandage qui se poursuit depuis plusieurs mois entre les deux capitales seront ainsi officiellement posés. Le reste dépendra de nombreux facteurs, dont les moindres ne sont pas la volonté des Américains de traduire des promesses verbales en actes, et la capacité de M. Sarkozy à convaincre les Français - et leur classe politique - qu’il n’a pas lâché la proie pour l’ombre.

Si, au cours du semestre de la présidence française de l’Union européenne, qui commence le 1er juillet, Washington n’a pas favorisé le déblocage d’un véritable Centre de planification et de conduite des opérations militaires européennes, cela voudra dire que Paris n’a aucun intérêt à reprendre "toute sa place" au sein de l’OTAN, comme le souhaite Nicolas Sarkozy.

Paradoxalement, le principal obstacle à ce duo franco-américain pourrait venir de Londres, puisque la Grande-Bretagne ne soutiendra aucune avancée de la défense européenne tant que son Parlement n’aura pas ratifié sans encombre le traité de Lisbonne. Pour que le pari de M. Sarkozy soit gagné, il faudrait en outre que la prochaine administration américaine confirme les ouvertures proeuropéennes d’un président Bush en quête de succès diplomatiques à la fin de son mandat.

Reste à convaincre. Or, en France, il ne s’agira pas d’une partie facile. Les socialistes, dans leur grande majorité, sont hostiles à un retour dans la structure militaire intégrée, qu’ils assimilent à un "alignement" sur Washington. Cette thèse du "virage atlantiste" est partagée par le Parti communiste et l’extrême gauche. Si les centristes proches d’Hervé Morin, ministre de la défense, se retrouvent sur la ligne défendue par Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, François Bayrou, en revanche, est contre un retour dans une structure militaire que le général de Gaulle a décidé de quitter en mars 1966.

Nicolas Sarkozy devra aussi convaincre une partie importante de l’UMP, qui pourrait assimiler cet aggiornamento à une trahison de l’héritage gaulliste. Guy Tessier, le président (UMP) de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, se déclare ainsi partisan du statu quo, pour ne pas mettre en danger "le particularisme de la France à faire entendre sa voix. Nous pouvons dire tout haut (aux Américains) ce que beaucoup de nos alliés pensent tout bas", explique-t-il. Sceptique quant aux chances de favoriser "plus d’Europe", M. Tessier estime que cette réintégration n’est pas forcément souhaitée par les partenaires européens de la France, qui devront abandonner des postes aux Français.

François Bayrou est convaincu, de son côté, que, si la France renonçait à son "autonomie de jugement" au sein de l’Alliance atlantique, "l’ensemble de l’Europe se trouverait en situation d’alignement" sur Washington. En restant en dehors de la structure militaire intégrée de l’OTAN, la France dispose "d’une voix libre, capable, comme on l’a vu en Irak, de résister à un certain nombre de pressions et de choix stratégiques qui ne sont pas les nôtres", assure-t-il. M. Bayrou rejoint les socialistes lorsqu’il souligne "ne pas voir" quelles garanties les Américains seraient susceptibles d’apporter en matière de progrès de la défense européenne.

Le seul gage, ajoute Louis Gautier, spécialiste des questions de défense au PS, serait de pouvoir créer un "caucus européen" au sein de l’OTAN, ce que Washington n’acceptera jamais. Il s’agit donc d’un "marché de dupes, d’une mystification", assure-t-il, parce que Nicolas Sarkozy ne voit l’Europe que comme "une coalition de souverainetés et non comme un processus d’intégration progressive".

Pierre Moscovici, secrétaire national du PS aux relations internationales, rappelle que l’affaire était entendue dès la campagne présidentielle, puisque M. Sarkozy n’avait pas caché son intention de se rapprocher des Etats-Unis et de l’OTAN. "Quel serait l’intérêt pour la France ? Nous perdrions des options, nous limiterions nos marges de manoeuvre", assure M. Moscovici.

La France et l’OTAN

Structure militaire. La France, sur décision du général de Gaulle, a cessé de participer aux commandements intégrés de l’OTAN le 7 mars 1966, pour recouvrer "l’entier exercice de sa souveraineté", mise à mal, selon lui, par la présence de 28 000 soldats américains sur le sol français.

Un retour progressif. En 1995, elle a recommencé à siéger au comité militaire de l’OTAN, revenant ainsi progressivement vers la structure militaire intégrée. Cette évolution s’est confirmée en 2004 lorsque Paris a renvoyé des officiers au Shape, le quartier général allié en Europe.

Absente de deux comités. Paris ne participe ni au Comité des plans de défense (DPC), ni au Groupe des plans nucléaires (NPG). Leur importance est relative, mais le premier est le forum des décisions liées à la structure militaire intégrée.

Le gouvernement français devra vaincre un large scepticisme pour imposer un retour complet de la France dans l’OTAN. - REUTERS/THIERRY ROGE


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :