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Dans certains cybercafés, « on efface les données toutes les semaines »

Cécilia Gabizon, le Figaro

samedi 10 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Rue du Faubourg-Saint-Denis, un petit Babel parisien. Boucherie halal, brasserie auvergnate, épicerie turque, bijoux indiens et, comme des fenêtres ouvertes sur le monde, des « phone boutiques » tous les cent mètres, pour appeler à moindres frais. Entre 13 heures et 15 h 30, la plupart sont fermées, prière du vendredi oblige. Puis le ballet des clients reprend. Ils s’engouffrent dans les cabines étriquées avec leurs portes en contreplaqué. D’autres gagnent les espaces Internet, aménagés en sous-sol ou dans une petite pièce attenante. « On a surtout des jeunes qui viennent pour chater (converser par Internet avec des copains ou des inconnus) », assure Miloud, le gérant algérien d’un point Internet. Deux jeunes filles pouffent de rire devant l’écran et se poussent du coude en tapant leurs réponses. Un homme cherche des horaires de train, l’autre consulte ses courriels. « Il passe de tout ici. On ne surveille pas. » Et on ne compte pas le faire. « Les ordinateurs ne rapportent pas beaucoup d’argent. Si cela devient compliqué, nous garderons uniquement les téléphones. »

Plus loin, rue des Petites-Ecuries, un café Internet étonnamment moderne tranche avec les autres. La patronne, jeune et voilée, accueille avec prudence. « Toutes les semaines, nous nettoyons les mémoires et nous écrasons les données. » Avec un logiciel nouveau et un espace mémoire accru, elle pourrait sans difficulté stocker les données d’une année. Pour autant, « les hackers (pirates de l’Internet) pourront effacer tous ces fichiers. Ils le font déjà. » Ses ordinateurs ont été « vidés » à plusieurs reprises par des inconnus malveillants... mais aussi par des policiers.

Ils ont débarqué un jour en brandissant la photo d’un homme barbu. « Je ne connaissais pas son nom, mais je l’ai reconnu. Il passait une heure ici tous les jours. » Les policiers avaient retrouvé sa trace au cours d’une enquête sur un réseau islamiste. Depuis, l’homme à la barbe s’est envolé. Et chacun a poursuivi ses activités : étudiants en quête de savoir, dragueurs virtuels, joueurs, professeurs, amateurs de porno, tous internautes anonymes. « Ça me met mal à l’aise de penser qu’on pourra consulter mes petites turpitudes dans un an », s’insurge l’un d’eux, avant de filer, inquiet.


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