mercredi 18 octobre 2017

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De la défense de l’espace comme espace de défense

Pascale Sourisse, présidente de Thales Alenia Space, sur La Tribune.fr

mercredi 2 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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La France doit rester le moteur de l’Europe spatiale de défense. Il s’agit de préserver notre autonomie en matière de maîtrise de l’information, plaide Pascale Sourisse, présidente de Thales Alenia Space.

Le président de la république vient de le réaffirmer : "la nécessité de renforcer de façon substantielle l’effort spatial militaire ne fait aucun doute." L’élaboration d’un nouveau livre blanc sur la défense et la préparation de la future loi de programmation militaire 2009-2013 nous engagent donc à répondre à cette double question : quel rôle veut-on réellement donner à l’espace dans la politique de défense française et européenne, et quels moyens budgétaires doit-on y consacrer ?

En donnant la capacité de voir, écouter, communiquer et localiser, les satellites ont aujourd’hui un rôle central dans la maîtrise de l’information. Ils sont au coeur des processus de décision tout au long de la chaîne de commandement, de l’évaluation de la menace à la conduite des opérations et l’analyse de leur efficacité. Les moyens spatiaux concourent ainsi à la protection de notre territoire ainsi qu’à celle de nos forces armées projetées.

La France et l’Europe disposent dans ce domaine d’atouts considérables. Secteur de haute technologie, l’espace est source d’emplois hautement qualifiés et donc peu délocalisables. Cette expertise est le fruit d’investissements réalisés depuis trente ans. Mais la dynamique s’est essoufflée au fil des ans.

Or, il nous faut dès aujourd’hui préparer l’avenir, sous peine de voir l’Europe à la remorque d’autres nations en matière de défense spatiale. Qu’on en juge : selon Eurospace, parmi les 244 satellites militaires mis en orbite entre 1995 et 2004, seuls douze d’entre eux étaient européens. Chacun pourtant reconnaît le caractère indispensable des systèmes spatiaux, et il est désormais impératif que ce discours s’accompagne de décisions concrètes.

Comme le soulignent les conclusions du groupe de réflexion mené par l’ambassadeur François Bujon de l’Estang, l’effort doit être poursuivi, à l’heure où, pour toutes les grandes nations, la maîtrise de l’espace est un facteur essentiel de souveraineté et d’indépendance. En France, cela se traduirait par un effort supplémentaire de 250 à 300 millions d’euros, pour atteindre un budget de 700 millions d’euros par an, et lui permettre ainsi de se doter des moyens dont elle a besoin.

Un budget encore bien modeste comparé aux investissements américains, plus de 20 milliards de dollars par an ! La Russie, l’Inde et la Chine y consacrent également des budgets croissants.

La France doit rester le moteur de l’Europe spatiale de défense car ce dont il est aujourd’hui question, c’est bien de préserver notre autonomie en matière de maîtrise de l’information, et non de revendiquer une quelconque "space dominance" à l’américaine, qui ne correspond ni à nos besoins, ni à notre philosophie. Certes, la France est en pointe dans certains secteurs.

Le système Syracuse 3 fournit des moyens de communication à haut débit et sécurisés à nos forces armées, à nos alliés ainsi qu’à l’Otan. Hélios est quant à lui la pierre angulaire de notre système d’observation. Il convient naturellement d’en assurer dès à présent la pérennité. Mais force est de constater que notre pays manque cruellement de moyens spatiaux d’écoute, de surveillance de l’espace, de navigation et d’alerte avancée.

Notre pays est, avec succès, à l’origine de différentes coopérations. Celles-ci sont l’occasion d’avoir accès à des capacités qu’un pays, seul, ne peut ou ne souhaite pas acquérir en propre. La France, l’Italie et l’Allemagne s’échangent ainsi mutuellement des images grâce à leur système d’observation respectif Hélios, Cosmo-SkyMed et Sar Lupe. Il en sera de même demain avec le programme Musis impliquant six pays européens.

Mais nous devons dans l’avenir aller encore plus loin en mutualisant nos besoins, tout en tirant parti de la dualité des technologies spatiales, c’est-à-dire des très fortes synergies entre les applications civiles et militaires. Ce n’est qu’à ce prix que nous bâtirons la défense spatiale européenne.

Nous voici donc à l’heure des choix pour l’avenir des activités spatiales françaises. Cette échéance, au-delà de l’inquiétude légitime qu’elle génère, peut aussi être l’occasion de mener une réflexion quant à la mise en place d’une organisation dédiée à l’espace au sein de nos armées, qui lui reconnaîtrait une dimension à part entière et tiendrait compte de sa spécificité.

La France a toujours joué un rôle moteur en Europe dans le domaine spatial. Elle doit investir à la hauteur des enjeux et demeurer mobilisée, en privilégiant la mutualisation des besoins, la dualité des technologies et la coopération entre pays européens.


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