mardi 12 décembre 2017

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Le GSPC se met à la guerre électronique

Ahcène Tahraoui, Elwatan.com

jeudi 3 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Internet est devenu, depuis quelques années, le nouveau QG des groupes terroristes affiliés à Al Qaïda. La destruction d’un site de propagande terroriste s’avère souvent sans effet, disent les hackers. Des sites fermés ont ouvert, quelques mois après, sous un autre nom.

Alger, mardi 11 décembre 2007. Deux attaques simultanées à la voiture piégée soufflent les sièges du Conseil constitutionnel et du Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR). Bilan officiel : 31 morts et 177 blessés. Les dégâts sont énormes. Les images du désastre sont diffusées en boucle par les grandes chaînes satellitaires. Quelques heures après, la branche armée d’Al Qaïda au Maghreb islamique (baqmi, ex-Gspc) a mis en ligne sur un site internet islamiste un communiqué dans lequel elle revendique ce double attentat. Sur trois pages word, l’organisation terroriste donne plus de détails sur l’opération et l’identité des deux kamikazes qui ont précipité leurs véhicules bourrés de 800 kg d’explosifs chacun contre les bâtiments ciblés. Les deux attaques ont été menées par Abderrahmane Al Asmi et ammi Ibrahim Abou Othmane », précise le GSPC qui publie les photos des deux kamikazes portant des fusils d’assaut avec en toile de fond un drapeau vert. La filiale locale de la nébuleuse d’Oussama Ben Laden n’est pas à sa première sortie médiatique du genre. En effet, depuis quelques années, elle n’a plus besoin de passer par la télévision qatarie Al Jazeera pour revendiquer ses attentats. Désormais, tout se fait par voie électronique. A l’image d’Al Qaïda, l’organisation de Droukdel fera une incursion tonitruante sur la Toile. Objectif : faire l’apologie de son idéologie et glorifier ses crimes. Ce moyen moderne de communication est également mis à profit pour enrôler de nouvelles recrues. La variété et la qualité macabre du produit proposé, la force de persuasion des prêcheurs ne sont pas sans incidence sur le moral des jeunes parfois sans lien direct avec la mouvance salafiste. Pour les concepteurs de ces sites, l’internet est devenu l’arme parfaite des temps modernes pour se lancer dans le djihad sur le web. Selon des observateurs, si le GSPC s’est investi pleinement dans cette politique de communication, c’est pour surtout se donner un certain écho dans les milieux djihadistes du reste du monde. Tout a commencé le 11 septembre 2006 avec la proclamation officielle de l’allégeance du GSPC à Al Qaïda. Dans une vidéo mise en ligne sur un site islamiste, le no 2 d’Al Qaïda, Ayman Al Zawahiri, rend publique l’information. Promu émir national, Abdelmalek Droukdel alias Abou Moussab Abdelouadoud, surnom du Jordanien Al Zarqaoui tué à Bakouba en juin 2006, annonce sa volonté d’internationaliser son action conformément aux instructions de sa tutelle. Le 25 janvier 2007, le GSPC change de nom et devient Al Qaïda au pays du Maghreb islamique. A peine intronisé, le successeur de Nabil Sahraoui (abattu par l’armée en Kabylie), à la tête du GSPC, menace dans un enregistrement vidéo diffusé sur internet de s’en prendre aux Français et aux Américains qui soutiennent le gouvernement du président Abdelaziz Bouteflika. C’est le début d’une sale et imparable guerre électronique. Tous les moyens sont bons pour ratisser large et faire entendre la voix des fous d’Allah. Pour les besoins de son marketing, le GSPC ira jusqu’à proposer des images photo et vidéo de ses opérations, notamment celles commises en Algérie. Embuscades contre des convois militaires en Kabylie, attaque de convoyeurs de fonds sur la route de Aïn El Hammam, séquences d’attentats kamikazes dans la capitale, préparatifs d’une bombe artisanale dans un maquis de Boumerdès. Tout y est. Il suffit d’un clic pour surfer dans le monde de l’horreur. Echantillon : une vidéo propose un véritable documentaire sur la vie des terroristes au maquis. Des scènes ordinaires de la vie quotidienne, mais aussi des brainstormings dévoilant leur plan d’attaque à la veille d’une opération d’envergure. Dans un autre film mis en ligne, Sofiane Haidara alias Harak Zoheir, émir de la zone 2 et conseiller militaire de Droukdel, apparaît en compagnie de ses acolytes en plein briefing. Dans cette scène filmée de nuit, on distingue Haidara en train de haranguer ses ouailles à coup de prêches truffés de versets coraniques et de hadiths. Un peu partout à travers le monde, internet est devenu l’outil parfait de propagande pour les terroristes et les extrémistes de tout bord.

Djihad sur le Net

Hamid Mir, le biographe d’Oussama Ben Laden, avertissait dès 2001 : « A chaque instant, les membres d’Al Qaïda transportent un ordinateur portable avec leur kalachnikov. » Cette information rapportée par un journaliste du Washington Post renseigne sur l’importance qu’accordent les groupes terroristes au djihad via le net. « L’internet est devenu le QG d’Al Qaïda. L’équipement d’un moudjahid aujourd’hui, c’est un kalachnikov mais aussi un ordinateur portable », faisait remarquer, de son côté, un responsable de la DST. Communication, entraînement aux techniques de la guérilla, planification d’attentats, endoctrinement, apologie du terrorisme et incitation à la violence sont autant de services offerts aux internautes sur le web à des fins sanglantes. Les spécialistes de la cybercriminalité s’alarment. Selon eux, cette nouvelle technologie offre une tribune de « publicité » inespérée aux terroristes et aux extrémistes islamistes qui s’en servent aussi pour la formation à distance. Ils enseignent à leurs recrues le maniement des armes, comment réaliser un enlèvement ou comment utiliser des fertilisants pour fabriquer des bombes. Il y aurait donc des camps d’entraînement virtuels sur le web. « C’est internet qui permet aux réseaux djihadistes de continuer à exister malgré la puissance militaire des USA », analyse un spécialiste du terrorisme international. Selon certaines sources, le nombre de sites d’obédience djihadiste est passé de 12 en 1997 à quelque 4500 sites (chiffre publié en 2005). Disponibles dans plusieurs langues, ces derniers offrent de plus en plus d’images d’actions terroristes en Irak, en Afghanistan, en Algérie et dans d’autres pays. L’immensité de la Toile assure l’anonymat total à leurs concepteurs qui ne manquent pas d’idées pour éviter que leurs messages soient interceptés. Ainsi, un des organisateurs des attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles aurait utilisé un compte de courriel gratuit et public de type hotmail comme cache pour des messages secrets. Il sauvegarderait ses messages dans le répertoire « brouillon » auquel ses correspondants avaient accès grâce à une identité et un mot de passe communs. Comme le courriel n’était jamais envoyé, il n’y avait aucun risque qu’il soit intercepté. Les terroristes savent recourir aussi au système de cryptage des données pour transmettre leurs messages et à leur dissimilation dans une image haute résolution, affirment des spécialistes. « Même les moyens classiques de communication sont difficiles à décoder. Il est très rare qu’on puisse déceler des indices de la préparation d’une opération terroriste », admet un observateur de l’islamisme cité par un site d’information.La destruction d’un site de propagande terroriste s’avère souvent sans effet, disent les hackers. Des sites fermés ont ouvert, quelques mois après, sous un autre nom. Pour autant, des initiatives ont été prises par plusieurs pays à l’effet de réduire leur capacité de nuisance. Dans leur guerre contre les terroristes, les USA n’ont pas laissé de côté les activités cybernétiques de leurs ennemis. Les pays d’Europe sont également sur le pied de guerre. Le 6 novembre 2007, la commission européenne a proposé de sanctionner par des pénalités, dans toute l’union, l’utilisation d’internet pour la propagande et le recrutement ou la formation des terroristes. Ils ont mis en commun leurs données via un portail baptisé « Check the web ». L’idée permet aux policiers d’Europol de ne pas enquêter sur le même site, alors que d’autres enquêteurs ont pu le faire. « L’internet est utilisé pour la radicalisation et le recrutement. Il est utilisé également comme un camp d’entraînement virtuel », a constaté le commissaire à la justice, Franco Frattini. La commission reconnaît toutefois la complexité de la mise en application de ces mesures. « L’extra- territorialité d’internet couplée avec son anonymat entravent sérieusement l’action des services répressifs pour enlever ces contenus et en poursuivre les responsables. » Le gouvernement britannique s’apprête, de son côté, à mettre en œuvre un nouveau plan visant le verrouillage des sites internet extrémistes de propagande terroriste. L’Algérie qui compte quelque 2,5 millions d’internautes semble impuissante à faire face à la déferlante des sites subversifs. Le constat a été fait lors d’un séminaire sur la cybercriminalité organisée à Alger le 18 février dernier. Un spécialiste, interrogé par un confrère en marge de ces travaux, a indiqué qu’il est très difficile de bloquer ou simplement de contrôler l’accès aux sites web subversifs à cause de la multiplication des providers, précisant que la majorité des sites sont hébergés à l’étranger.


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