mardi 17 octobre 2017

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L’anti-terrorisme en panne

Richard Labévière, RFI

lundi 12 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

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N’en déplaise au président George Bush, le monde d’aujourd’hui n’est pas plus sûr et surtout depuis la seconde guerre d’Irak, les actes terroristes ont été multipliés par trois. C’est un récent rapport très officiel de la CIA qui le dit. Certes, la destruction du régime Taliban d’Afghanistan a privé la nébuleuse Ben Laden de son principal sanctuaire, mais la riposte américaine, menée sans coordination avec les pays voisins, a provoqué un éparpillement des activistes islamistes au Pakistan, au Yémen ou en Somalie, de même qu’en Asie du Sud-Est, en Afrique sahélienne et en Europe.

Al-Qaïda n’est pas une organisation internationale, structurée comme a pu l’être le Komintern, mais une idéologie qui inspire, aujourd’hui, nombre de groupes locaux, très décentralisés, trouvant leur légitimité dans des crises politiques et économiques endogènes tout en s’adossant à une fracture civilisationnelle qui s’élargit à travers trois conflits inéquitables : l’intervention anglo-américaine en Irak ; l’absence de perspective politique sur le dossier israélo-palestinien ; enfin, l’enlisement et le durcissement sécuritaire russe en Tchétchénie.

Ces trois conflits qui nourrissent un rejet global de l’Occident ont fini par constituer un référent commun à une recomposition très fragmentée de la nébuleuse jihadiste. Néanmoins les enquêteurs anti-terroristes reviennent inlassablement à trois matrices récurrentes. Tout d’abord la matrice historique égyptienne qu’incarne la Confrérie des frères musulmans et ses ramifications internationales ; s’impose ensuite la matrice pédagogique pakistanaise et ses milliers de madrassas, ces fameuses écoles coraniques qui enseignent la haine et fabriquent les activistes ; enfin, la matrice financière saoudienne, plus active que jamais.

Paru en août dernier, un rapport du service de recherche du Congrès américain montre que les mécanismes de lutte contre le financement du terrorisme sont particulièrement inefficaces : trop d’agences en charge empêtrées dans un véritable maquis bureaucratique ; le secret bancaire toujours opaque des paradis fiscaux et des places off-shore, ajoutées à des commissions rogatoires qui ne suivent pas... autant de dysfonctionnements qui trahissent un manque cruel de volonté politique.

Au pays merveilleux des intérêts américano-saoudiens, la page du 11-Septembre est, bel et bien, tournée : les pétrodollars sont massivement de retour s’investissant dans les fonds de pensions ou en bons du trésor... et ce ne sont pas d’inopportunes procédures anti-terroristes qui vont perturber la reprise des affaires.

Reste quelques indéniables réussites sur le front de la coopération opérationnelle des services spécialisés qui ont pu prévenir et empêcher plusieurs attentats aux Etats-Unis et en France, notamment. Mais cette coopération a bien du mal a ne pas rester strictement bilatérale et tout particulièrement en Europe où le mandat d’arrêt commun - par exemple - n’est toujours pas sur les rails.

Le partage du renseignement aussi reste l’exception. Ces inerties sont d’autant plus dommageables qu’on sait depuis Madrid et les derniers attentats de Londres que l’Europe fabrique, désormais ses propres islamistes. De nouvelles menaces qui nécessiteraient de nouvelles réponses.


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