dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > L’espion de Garry Kasparov tombe le masque

L’espion de Garry Kasparov tombe le masque

F. N.- L., le Figaro

samedi 5 avril 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Alexandre Novikov, réfugié en Suède, affirme avoir infiltré pendant près de deux ans le mouvement d’opposition pour 8 000 roubles par mois.

ALEXANDRE NOVIKOV n’a pas la pointure des grands espions du KGB dont le passage à l’Ouest a ponctué l’histoire de la guerre froide. Mais son histoire de petit « indic » du FSB (le successeur du KGB), en fuite, jette une lumière inédite sur les méthodes des services de la Russie d’aujourd’hui. Âgé de 36 ans, célibataire, Novikov a pendant près de deux ans, joué la taupe chez un ennemi de l’intérieur : le Front civil uni (OGF, en russe), le mouvement de l’ancien champion d’échecs Garry Kasparov devenu l’adversaire le plus médiatique de Poutine.

« J’ai vraiment peur »

L’indic a tombé le masque après s’être enfui à l’étranger, fin janvier. Réfugié en Finlande puis au Danemark, l’espion affirme être en Suède, où il a demandé l’asile politique. « J’ai vraiment peur, confie Alexandre Novikov, joint par Le Figaro sur un numéro suédois. Si je rentre en Russie, je devrai répondre de haute trahison ».

Né en Transnistrie, province russophone de Moldavie, Novikov a fait des études de médecine en Sibérie. En 2006, quand il entre en contact avec le FSB, il est représentant pour une entreprise pharmaceutique allemande. Qui lui assure un salaire d’environ 20 000 roubles (570 €), comme un petit employé moscovite. « Début 2006, je suis allé au FSB pour essayer d’avoir des renseignements sur un ami perdu de vue, qui avait été lié avec les milieux criminels en Transnistrie. »

Le fonctionnaire qui le reçoit le contacte deux semaines plus tard et lui propose un « contrat ». Une version peu crédible à laquelle s’accroche Novikov « malgré les commentaires sarcastiques sur Internet ». Andreï Soldatov, journaliste spécialiste des services pour le site agentura.ru et le journal Novaïa Gazeta, évoque plutôt des pressions liées à une dette de 15 000 dollars. Novikov assure avoir contracté cet emprunt après son recrutement par le FSB. Alors, sa motivation ? Les 8 000 roubles mensuels ? Non. « Collecter de l’information au sein de l’OGF de Kasparov m’a semblé intéressant, une possibilité de changer ma vie ennuyeuse. »

Dix fois par semaine

Jusqu’à « dix fois par semaine », il transmettait ses informations à ses trois agents traitants (ses « curateurs », en russe). Dans la rue, dans des cafés ou dans une voiture. En bons fonctionnaires comptables des deniers publics, ses « curateurs » exigeaient un reçu signé « Mikhaïl » en échange des 8 000 roubles. Deux sources au FSB ont confirmé au journaliste Soldatov qu’Alexandre Novykov avait bien été leur taupe. Dans le parti, il était un « membre assez actif », « insoupçonné », se souvient Marina Litvinovitch, proche collaboratrice de Kasparov. Il a même été arrêté comme manifestant. Mais « il n’avait pas accès aux informations importantes ». « Nous nous doutions, vu l’hostilité du pouvoir, que nous étions surveillés. »

Pourquoi l’espion a-t-il pris le risque de trahir ? « L’un de mes curateurs traitait les gens de l’OGF d’idiots. Moi, j’ai sympathisé avec eux, et commencé à comprendre que l’on doit pouvoir s’exprimer librement. » Si l’histoire de ce trouble Novikov est vraie, ce serait la première fois qu’une taupe au sein d’un mouvement politique en Russie sort de son trou. Une loi de 1995 l’ère Eltsine interdit aux services d’infiltrer toute organisation publique légale.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :